Stages au pays de l’Adour

Le Creav des pays de l’Adour organise du 4 février au 22 mai une série de stages d’initiation à la

vidéo 1/2 pouce. Au sommaire, la maîtrise du matériel, le langage de l’image et du son, la réalisation, le montage, etc. Pour tous renseignements, contactez le Creav des pays de l’Adour, 3, avenue G. Phoebus, 64000 Pau (Tél : (59) 32.01.80).

Festival du son et de l’image

Le Festival international son et image vidéo 85 se tiendra, dans le cadre de la semaine française de la communication audiovisuelle, du 10 au 17 mars au Cnit-La Défense, à Paris. Les trois premières journées seront réservées exclusivement aux professionnels. Pour mettre en valeur la haute-fidélité, un espace de 10.000 m2 rassemblera les firmes spécialisées et les différents fabricants. Toutes les marques de matériels vidéo y seront très largement représentées avec de nombreux produits nouveaux.

AtariRestructuration chez Atari

Dans le cadre de la restructuration de la société sur le plan mondial et pour faire face à ses ambitions importantes pour 1985, Atari France a annoncé son intention de réorganiser ses structures. Atari va notamment concentrer ses activités de distribution en travaillant exclusivement avec des distributeurs grossistes et un certain nombre de grands comptes. Par ailleurs, Guy Minant, qui quitte la présidence d’Atari France, annonce la création d’une nouvelle société. Galaxie. Il en est le président alors qu’Antoine Gallozzi ancien directeur commercial d’Atari, en est le directeur général. Galaxie reprend quatorze personnes d’Atari, sélectionne et distrixie les meilleurs produis informatiques et électroniques sur le marché.

Lionel Chouchan :«Le vidéo»

Lionel ChouchanVous venez de publier un livre (1) en forme de lettre ouverte. Est-ce que cette œuvre pamphlétaire, qui a obtenu le prix Féroce 85, est destinée à régler des comptes ou simplement à remettre les pendules à l’heure ?

Il n’est pas destiné à régler des comptes. Comme je ratisse large, si j’ose dire, si j’avais des comptes à régler ce serait avec l’ensemble de la nation, ce qui n’est pas mon problème. C’est simplement un bouquin d’humeur et d’humour sur un thème qui me paraît intéressant. Je pense que cette espèce d’apathie déliquescente dans laquelle nous pataugeons est une nouvelle forme du Mal français. J’ai voulu faire une sorte de peinture d’un certain nombre de comportements qui me paraissent typiquement tricolores. Ce qui m’amuse, c’est que les gens qui le lisent rient beaucoup et ne se reconnaissent pas dans mes propos. En revanche, ils reconnaissent parfaitement leurs voisins de palier. On est en train de devenir un peuple de légumes. A force de tout attendre de papa État et de maman Sécurité sociale, nous ne sommes plus capables de traverser la rue tout seuls.

Êtes-vous plutôt un manager qui écrit ou plutôt un écrivain qui manage ?

Je suis un manager et un écrivain. Je ne suis surtout pas un manager qui écrit. L’écriture est un besoin, ce n’est pas ma danseuse. Je n’ai pas du tout la même démarche que Séguéla, par exemple, qui fait des livres inscrits dans la promotion de son entreprise et de lui-même.

En France, on aime bien classer les gens et l’on ne conçoit pas qu’un écrivain puisse avoir d’autres activités, non ?

De toute façon, des écrivains qui ne vivent que de leur plume, il y en a très peu en France. Généralement, ils doivent être journalistes, enseignants barbus avec des pellicules ou accessoirement fonctionnaires. Ce n’est pas mon cas et ça dérange beaucoup de personnes.

A la télé, il faut 3 % d’idées et 97 % d’errance dans les couloirs. ÉÉ

Est-ce cette passion du livre qui vous a poussé à organiser les journées mondiales de l’écrivain à Nice ?

Non, c’est un concours de circonstances. Mais c’est aussi une manifestation qui m’a particulièrement intéressé parce que j’ai pensée qu’il y avait là un concept formidable à exploiter. Il s’agissait d’organiser pour la littérature une manifestation qui soit l’égale d’un festival pour le cinéma. C’est-à-dire une fête et un événement qui concernent les écrivains et pas le commerce du livre. Ça a très bien marché, mais la ville de Nice a choisi, pour des raisons économiques, de ne pas renouveler l’expérience.

Pourquoi signez-vous vos livres Lionel Chouchon alors que pour toutes vos autres activités vous êtes Lionel Chouchan ?

Quand j’ai commencé à écrire, j’ai décidé de changer de nom. Et puis, j’ai réalisé que se faire un nom dans une vie c’était déjà difficile, alors s’en faire deux ce n’était pas à la mesure d’une tâche humaine. J’ai eu donc cette idée de génie qui a consisté à changer de voyelles. Maintenant, c’est la confusion la plus totale. Quand j’écris, c’est Chouchon et quand je signe des chèques c’est Chouchan.

Vous êtes celui par qui les festivals arrivent. Avoriaz, Deauville, Cognac sont autant d’événements qui portent la griffe de Promo 2 000, votre agence. Qu’est-ce qui vous a poussé dans de telles entreprises ?

Ça s’est fait totalement par hasard, comme beaucoup de choses dans la vie. Pour Avoriaz, j’ai rencontré en 72 les responsables de la station qui cherchaient une idée de manifestation de prestige. Après avoir vu l’aspect «fantastique» de la station, j’ai travaillé sur de nombreux projets dont ce Festival du cinéma fantastique. Je me suis donc lancé dans l’aventure sans connaître le cinéma fantastique ni la façon d’organiser un festival. C’est pour cela que l’on a réussi et que l’on a inventé beaucoup de choses. De toute éternité, les jurys de festival ont été constitués d’un producteur, d’un réalisateur, d’un monteur, d’un acheteur et d’un raton-laveur. Nous avons été les premiers à mélanger les genres. Autre exemple, nous avons inventé les badges bijoux à la place des traditionnels laissez-passer. Pour finir, nous avons créé une formule qui, maintenant, se fait partout : du festival boîte de conserve, comme je l’appelle. On invite les gens, on les transporte, on les nourrit, on les loge, on leur projette des films, on les distrait et en fin de compte on leur dit merci. Au début, tout le monde trouvait ça génial et l’on recevait des mots de remerciements, des fleurs et des chocolats après chaque festival. Aujourd’hui, on se fait des ennemis quand on n’invite pas certaines personnes ou qu’elles n’ont pas de bonnes chambres. Avant, à Deauville, c’est André Halimi qui avait eu l’idée d’un Festival du cinéma américain. Il pensait faire payer les Américains eux-mêmes. C’était là une utopie comme seul Halimi peut en avoir. J’ai donc décidé de trouver une ville susceptible d’accueillir cette manifestation. Comme je connaissais le maire de Deauville, je lui ai proposé et l’affaire s’est faite. Enfin, il y a le Festival de Cognac. Cette ville cherchait un moyen de promotion. Elle avait déjà la chance de s’appeler Cognac. Quand le nom de la ville est le nom du produit à promouvoir, c’est plus facile. Comme toute la littérature policière est imbibée de whisky, c’était une sorte de clin d’œil que d’organiser un festival du film policier à Cognac. Ce qui était amusant aussi, c’est que c’était le dernier endroit où faire un festival. On a réussi à transformer les inconvénients en avantages.

Avez-vous d’autres projets de festivals ?Lionel Chouchan 2

J’en ai fait le tour. Ça m’a amusé de les créer et ça m’amuse toujours de les poursuivre dans la mesure où il faut innover chaque année, mais ça ne m’intéresse plus d’en organiser de nouveaux. Si j’avais voulu, j’aurais pu en créer au moins vingt-cinq. J’estime qu’il y en a beaucoup trop et qu’ils se tuent les uns les autres. En plus, tous les créneaux sont pris.

Allez-vous parfois dans les festivals des autres ?

Très peu. Je vais à Cannes quelques jours chaque année. Ça ne m’amuse pas beaucoup.

Vous célébrez cette année le 13e anniversaire du Festival d’Avoriaz, anniversaire très symbolique. Le festival et la station sont aujourd’hui mondialement réputés. Est-ce que votre histoire d’amour est toujours aussi forte ?

Comme dans toutes les histoires d’amour, il y a des hauts et des bas. Mais Avoriaz comme Promo 2 000 sommes très attachés à ce festival. Pour revenir sur ce 13e anniversaire, je dois dire que nous organisons cette année une espèce d’Avoriaz off, en collaboration avec cinq ou six grandes villes de la région.

Vous dirigez une agence qui, en dehors de l’organisation de festivals, gère plusieurs budgets. Pensez-vous que la France est plutôt en avance ou au contraire plutôt en retard dans les nouvelles formes de communication ?

Avant de vous répondre précisément, je vous dirai même que les festivals ne représentent que 20 % de nos activités. Nous travaillons pour des groupes comme Johnson, Apple, Dunhill, pour le ministère des Transports, le Commerce extérieur, le PMU, etc. Personne ne sait que nous avons été derrière Mc Intosh, Bison futé, le Paccard, la bourse du premier emploi avec Pigier ou la fondation Philip Morris, et maintenant Apple, sur le cinéma. Promo 2 000 n’est pas une agence de publicité dans ce sens que nous n’utilisons pas une boîte à outil limitée. En France, cela dit, nous sommes plutôt en retard en matière de communication, relations publiques et promotion. Mais nous travaillons beaucoup et je pense que c’est une activité en pleine expansion. Nous sommes même plus créatifs que les Anglo-Saxons.

Vous avez organisé récemment les Minerves du film publicitaire. Pensez-vous que dans ce domaine aussi, les Français sont plus créatifs que les Anglo-Saxons ?

A mon avis, les films publicitaires français sont vingt fois supérieurs aux autres. Les Américains font encore des films comme on en faisait il y a vingt-cinq ans.

Comment voyez-vous le développement du câble, du satellite, des TV privées, du panorama audiovisuel en général ?

Comme dit l’autre, c’est l’avenir. Je crois que l’on est dans une période de gestation, de mutation et que dans dix ans on verra le résultat.

Pensez-vous quand même que le monopôle d’État sur la diffusion va disparaître avant longtemps ?

J’en suis moins sûr. Comme je le dis dans mon bouquin, la France est le pays qui a le plus de génie pour prendre tout ce qu’il y a de pire dans tous les systèmes existant sur la planète. On commence à s’ouvrir aux nouveaux médias, mais on maintient un contrôle. Il n’y a qu’à regarder notre petite chaîne privée, Canal Plus, qui est quand même basée dans un ministère et alimentée par les deniers de l’Etat. On veut nous faire croire que c’est une chaîne privée.

Le consul

Le consulLa nostalgie des consuls made in Great-Britain revient en force. Après celui d’« Au-dessus du volcan » de Malcom Lowry adapté par Huston, voilà, un cran au-dessous, «The honorary consul» de Graham Greene devenu «Le consul» à l’écran, adapté par John Mackenzie. Une ébouriffante interprétation de Michael Caine, superbe en vieux diplomate imbibé de whisky, une sautillante interprétation d’un Richard Gere à jamais gigolo — mais où est le mal ? — ajoutez à cela une Argentine tournée au Mexique, une musique de Paul Mc Cartney et le tour est joué « Le consul » est un beau film tissé à partir d’une trame complexe tendant à démontrer qu’on meurt rarement pour ses idées, mais bien plus par erreur ou pa7 amour… A travers le récit de l’enlèvement rocambolesque du consul qui ne vaut pas Ur clou sur la scène politique du groupe de desperados qui tente de monnayer sa libération et l’engagement d’un jeune médecin (Gere) au» motivations éclectiques, c’est une leçon sur l’engagement, sur l’amitié aussi. Ceci mené avec un humour et une distanciation tout à fait britanniques dans l’esprit. Terrorisme, manipulation, acte gratuit sur fond de régime totalitaire, «Le consul» aussi une série de gros plans sur une brochette de ratés plus ou moins sympathiques mais jamais épargnés. Ni par la plume de Graham Green,ni par la caméra de John Mackenzie.

F-CTN45029Philadelphia

1943. C’est la guerre. Les Américains tentent une expérience : rendre un destroyer invisible aux radars ennemis. Top secret. Et pour cause, le navire à réellement disparu pendant quelque temps avant de réapparaître dans un piteux état avec deux marins manquant à son bord. 1964 : ce sont les deux mêmes homes que l’on retrouve poursuivi par un hélicoptère au milieu d’un désert,champ d’expérimentation militaire commandé par un certain Dr Longstrat. Les voyages dans l’espace temps ont toujours passionné les hommes. Et le cinéma, avec plus ou moins de bonheur («La machine à remonter le temps», «Nimitz» «Les guerriers de l’Apocalypse»). «Philadelphia experiment» découle de la même imagination. Avec tout ce qu’il faut, bien sûr, pour le rendre à la fois attrayant et remarquable. Du rythme, de l’action, des effets spéciaux et un suspense très habilement mené. «Philadelphia experiment» est un spectacle total à tout point de vue. Le comité de sélection du 13eFestival du film fantastique d’Avoriaz ne s’y est pas trompé qui l’a retenu pour la course au titre.

La vie de famille

La vie de familleC’est le récit d’une invitation au voyage d’un papa (Sami (Frey), alias Emmanuel, avec sa fille de 10 ans. (Mara Goyet) alias Elise. Emmanuel culpabilise d’avoir laissé sa fille dans un foyer unijambiste — il est divorcé — et se sent prêt à tout pour faire de chaque week-end passé avec sa fille un événement unique, un conte de fées où l’on vit à 100 à l’heure, où l’on apprend perpétuellement quelque chose d’essentiel. Il se sent prêt à tout pour chasser l’ennui aux couleurs de la télévision des mercredis après-midi, des sornettes de la communale et des références quasi-systématiques à Pifou-Magazine. Alors sais prétexte de réaliser un petit film vidéo inspiré d’un scénario — cucul — signé Elise. Emmanuel va entraîner sa fille le plus loin possible afin de trouver le lieu idéal de leur confrontation. C’est non loin du Prado, à Madrid, qu’Emmanuel et Elise trouveront le lieu de leur dialogue. Dans une chambre d’hôtel. Un dialogue à cœur ouvert facilité par l’instrument caméra vidéo pris comme confident Our ce qu’il n’est pas possible d’énoncer dans un face à face. Qui est l’instrument de qui ? Impossible de le savoir tant les personnages se cachent derrière leurs révélations. «La vie de famille» est un film d’un intimisme profond. Et Doillon réussit à rendre le spectateur voyeur et souvent mal à l’aise de l’être. Avec des limites toutefois. Des limites imposées par le fait que le scénario de départ est inspiré d’une nouvelle de John Updike intitulée «la vie de famille en Amérique».

Roman porno

Sous un titre discutable (pas de scènes X ici !), voici une sélection de ces films à coloration érotique, connus à partir des années 60 sous le sobriquet d’« éroductions». De « Marché sexuel des filles» à «La maison des perversités », que de titres alléchants ! Hors quelques photos mémorables dans Midi minuit fantastique, nous ne connaissions rien de ces flamboyants polars ou mélos dont voici enfin cinq spécimens en Cinémascope monumental et musique tonitruante. Le thème général pourrait être : prostitution et faits divers dans le Japon de l’après-guerre. Par exemple, «La véritable histoire d’Abe Sada » (1974) est une autre version, et plutôt meilleure, du crime d’amour qui a inspiré «L’empire des sens» à Oshima. «Rue de la joie» (1974) se situe dans un bordel où, pour le nouvel an, l’une des filles se propose de battre le record du nombre de clients. Quant au mythique «Barrière de chair» (1964), histoire d’un groupe de prostituées en squatt qui vivent selon des règles sévères, c’est le fin du fin de l’Eros nippon : on n’y voit pas l’ombre d’un poil, mais on y fouette jusqu’au sang, avec une jouissance sadique.

Attache-moi !

Attache-moiRicki son de l’institut psychiatrique. Il a vingt-trois ans, cinquante mille pesetas en poche et une idée fixe qui l’obsède : rencontrer Marina, une jeune actrice très demandée dans les films pornos ou d’épouvante. Celle-ci ne veut pas de lui ? Qu’a cela ne tienne.

Ricki s’introduit subrepticement chez elle et la séquestre sans vraiment lui demander son avis. Paniquée par la tournure que prennent les événements, Marina cherche à échapper aux griffes de son ‘ravisseur» avant de se plier, bon gré mal gré, à ses arguments. Moins grand public que «Femmes au bord de la crise de nerfs», le nouvel Almodovar se rapproche davantage de la veine caustique déjà explorée dans « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela » et «La loi du désir». Le flamboyant réalisateur ibérique suit à la trace ses deux héros et fait rimer, à ce propos, protagonistes et antagonistes. En apparence, tout sépare Ricki et Marina. En réalité, ces deux paumés (lui vit en marge de la société, elle se shoote à ses heures perdues) étaient faits pour se connaître et se sauver mutuellement. Dans ce film comme dans les précédents , Almodovar démontre son génie du casting. Ses héros sont incarnés par Antonio Banderas (un habitué de la bande à Pedro) et, surtout, Victoria Abri!, nouvelle venue dans le clan, prête et habilitée à relever tous les défis que lui pose le metteur en scène, même les plus culottés. Fidèle à son habitude, ce dernier apporte un grand soin tant au fond qu’a la forme de son récit, d’où d’habiles rebondissements et une photo bien léchée. Encore un film qui ravira les aficionados (et tous ceux qui n’attendent qu’un signal pour le devenir).

Stars du ciné, stars du showbiz, ce sont parfois les mêmes

BowieLa fascination est réciproque. Rares sont les acteurs qui n’ont pas tenté de pousser la chansonnette. De Bowie à Dutronc, d’Elvis à Cher, beaucoup sont passés du cercle de vinyle au rectangle de toile. Dans l’autre sens, hormis Reggiani chez nous, les exemples sont plus rares. Mais en revanche, que de films consacrés aux mythes vivants de la musique ! Il y a d’abord le cinéma direct des reportages. Films de festivals, de « Monterey pop » à « Woodstock ».

Enregistrements de concerts mêlés de reportages, des Stones dans « Gimme shelter » à Presley dans « Elvis on tour », de Joe Cocker dans « Mad dogs and Englishmen » à U2 dans « U2, rattle and hum » (voir notre saga des cassettes dans ce même numéro). Et puis, ensembles plus élaborés, documents composites où se mélangent les interviews, les images d’époque, les photos, les témoignages, entre le « Imagine » consacré à John Lennon et le film-souvenir sur Chuck Berry, « Hail hail rock’n roll » de Taylor Hackford. On a même vu un pastiche désopilant de ce genre, le pseudo-document sur le groupe de hard imaginaire « Spinal tap » par Rob Reiner. A l’autre bout de la galaxie, les films de fiction inspirés par le monde de la rock music, avec des personnages, chanteurs ou groupes imaginaires, même s’ils font implicitement référence à des événements connus : la pop anglaise et les tribulations de Brian Jones dans « Stardust », l’aventure des Doors et de Jim Morrison dans « Eddie and the Cruisers ». Et n’oublions pas les films plus ou moins musicaux réalisés par des stars : le « 200 motels » de Frank Zappa, le « Renaldo and Clara » de Dylan, le « Give my regards to Broad street » de Paul McCartney. Mais ce sont là fantaisies ou caprices de créateurs soucieux de dépasser leurs limites habituelles, en vérifiant pour certains la dure loi du principe de Peter : chacun, au cinéma aussi, cherche à atteindre son niveau d’incompétence. A mi-chemin de ces deux formes d’expression, le cinéma a forgé un genre où la fiction se marie au réel : le documentaire romancé ou, comme disent les Américains, la « true story ». Par le truchement de ces fameuses « histoires vraies », Hollywood a transformé des artistes populaires en véritables mythes, et transfiguré des mythes qui existaient déjà. Le principe, de la true story n’a pas été conçu pour les chanteurs.

Jim MorrisonIl s’est appliqué d’abord à des cohortes d’hommes d’Etat, de savants, de militaires ou de pionniers divers. Qui n’a pas la sienne, aux Etats-Unis, ne saurait figurer au Panthéon national. Mais il n’y avait aucune raison pour que la musique ne bénéficie pas de cette tradition florissante. Avant le rock, on s’est penché sur le music-hall et le jazz… Prototype bien huilé, « La romance inachevée » (The Glenn Miller story) d’Anthony Mann, où James Stewart se met dans la peau du fameux chef d’orchestre tromboniste qui entraîna allègrement les troupes américaines jusqu’à la victoire de 1945. Optimisme et patriotisme sont les deux mamelles de cette story-là, sans oublier l’exaltation de la volonté d’entreprendre couronnée par la réussite. Dans les années 70, les temps ont changé, le cinéma se libère : désormais, on peut consacrer un film à une chanteuse noire, et sans éluder les aspects les plus « négatifs » : sexe, drogue, etc. Ce qui ne manque pas dans la vie de Billie Holiday, jouée par Diana Ross, chanteuse elle-même, dans « Lady sings the blues » (Sidney Furie, 1972). Bien plus tard, la trame sera analogue dans « Bird », la true story de Charlie Parker réalisée de la façon la plus classique par Clint Eastwood, fan du jazzman.

Le bonhomme avait un sale caractère, battait sa femme, se soûlait, se shootait, etc. Le tout en images glacées, fignolées, raffinées. En France, cette tradition-là n’a jamais triomphé ; c’est un peu comme le fantastique, ça ne s’explique pas, c’est comme ça. En 1973, le film de Guy Casaril, « Piaf », fait un bide. Pourtant, il avait déniché une jeune comédienne frémissante aux longs cils, que tout le monde considérait alors comme un espoir : Brigitte Ariel. « Piaf » raconte la naissance; l’enfance, la jeunesse, les premiers succès d’Edith. Le film est sobre, pas trop mélo, en pure perte. Les nostalgiques de la goualante restent chez eux. Cela n’empêche pas Claude Lelouch,. quelques années plus tard, de tenter à nouveau l’aventure. Lelouch reprend la vie de « la môme » là où Casaril l’avait laissée. Selon sa recette personnelle, il mise sur l’histoire d’amour entre stars : « Edith et Marcel » est consacré à la passion qui unit la chanteuse à son boxeur, Marcel Cerdan. Hélas ! Aussitôt, le sort s’acharne. Patrick Dewaere se suicide juste avant le tournage, il est remplacé par Cerdan junior, qui donne la réplique à Evelyne Bouix. « Edith et Marcel » sera un des plus sévères échecs de Lelouch. Comme si, décidément, on refusait de voir l’idole, ô sacrilège, incarnée par une « autre ». Ce risque n’existait pas avec « Trois places pour le 26 », de Jacques Demy, puisque Montand y joue le rôle de Montand. Or la malédiction continue. Malgré la rayonnante présence de Mathilda May, nul ne s’intéresse à cette « vraie-fausse » biographie d’Yves le Marseillais, évocation scénique de ses débuts, entrelardée d’une invraisemblable histoire d’amour oublié, de naissance ignorée, d’inceste supposé. La spécialité est, décidément, aussi américaine que le Coca-glaçons et le cheeseburger. Le temps du rock le confirme. Après tant de films sur ses concerts, ses tournées, son mythe, la true story de Presley a été tournée par John Carpenter lui-même, avec son acteur-fétiche, Kurt Russell, dans le rôle de l’épais King : « Elvis, the movie » (Le roman d’Elvis, 1979). Rien ne manque, ici, à la légende dorée. Garçonnet exemplaire, Elvis se recueille sur la tombe de son frère. Adolescent, il enregistre un disque pour sa maman. Puis ce sera la rencontre du « colonel » Parker, le service militaire en Allemagne, le mariage avec Priscilla, les distributions de Cadillac aux copains. Un chapelet de chromos pour un modèle de biographie édifiante ! Dans la version intégrale (3 heures !), Carpenter démystifiait davantage son modèle, sans éluder, en filigrane, le secret de Polichinelle de son homosexualité. Dans le même genre, il y eut une très honorable « Buddy Holly story » (de Steve Rash, 1978), succession de scènes fa-miliales et de refrains entraînants du gentil rocker à lunettes. Et les Beatles ? Les Beatles aussi. Eux, ils ont tout connu : le vrai-faux reportage (« A hard day’s night », de Richard Lester), la comédise parodique (« Help ! », idem), le cartoon surréaliste (« Yellow submarine », de George Dunning) et même la true story, limitée aux débuts du groupe (« Birth of the Beatles », de Richard Mar-quand, inédit en France, on l’a vu seulement au Festival de Deauville). Ce n’est un secret pour personne que « The Rose » (de Mark Rydell, 1979) est un portrait romancé de la superstar du blues-rock, Janis Joplin, déjà héroïne de nombreux documentaires (dont le superbe « Janis », en 1975). L’intérêt est ici que la chanteuse, comme dans « Lady sings the blues », est incarnée par une autre chanteuse : Bette Midler. La fiction passe par une transposition : le nom de Joplin n’est jamais mentionné, et son surnom de « Pearl » transformé en « Rose ». Mais le parallèle de la vitalité, de la folie, de l’exubérance, fonctionne parfaitement entre Bette Midler et son modèle.

Sid and NancyL’hagiographie ne convient pas aux rock-stars. Ce que le spectateur désire, c’est pénétrer dans l’intimité de la vedette, surprendre ses secrets, tout savoir sur ses manies, y compris sa vie sentimentale et sexuelle. La true story édifiante, c’est fini. Ainsi, quand Alex Cox raconte, en 1985, dans « Sid and Nancy » l’histoire des Sex Pistols, et surtout celle de Sid Vicious (celui-ci est incarné par Gary Oldman, son amie Nancy par Chloe Webb, et on y retrouve aussi Johnny Rotten et Malcolm McLaren), ce n’est évidemment pas du patronage. Il trace un tableau réaliste et percutant du mouvement punk, réaction violente et nihiliste contre toutes les valeurs établies qui secoua la vieille Angleterre à la fin des seventies. C’est la true storax sociologique, comme « La bamba » (Luis Valdez, 1987), dont le but est moins de ressusciter Ritchie Valens, mort dans le même crash que Buddy Holly, que de faire plaisir à la communauté des chica-nos en mal d’identité culturelle dans un pays dominé par les Wasp. Quant à Jim McBride, il gagne sur les deux tableaux avec « Great halls of fire », qui retrace, en 1989, l’épopée manquée de Jerry Lee Lewis. D’abord parce que les concerts délirants du Killer, avec pianos enflammés et teenagers hurlantes, créent une sacrée ambiance, et que Dennis Quaid, teint en blond, accent sudiste énorme, s’en donne à cœur joie pour réincarner l’idole déchue. Déchue, car la majorité bien-pensante eut jadis raison du rival de Presley. Et c’est la seconde dimension du film : l’analyse de société qui explique pourquoi Jerry Lee Lewis, au faîte de la gloire, a été rejeté au profit du conformiste Elvis Presley (je vais encore me faire des amis). Comme quoi la true story peut être à la fois jouissive et lucide.

A l’image du rock, non ?

Maire Gamins

«Ennuyeux, douloureux, incroyable, à jeter, plat travail d’amateur»! Ce 27 décembre 1967, la presse britannique est unanime. Paul, George, Ringo et John viennent d’essuyer leur premier échec.

Magical mystery tour

«Magical mystery tour», diffusé en première mondiale pour le réveillon sur la BBC, a fait ce qu’il y a tout lieu d’appeler un flop. Tourné pour le grand écran, le film, entièrement conçu et réalisé par les Beatles, laisse le public de glace. Paul, qui le jour de Noël avait annoncé ses fiançailles avec Jane Asher, n’est pas décontenancé pour autant : «L’erreur était de chercher une intrigue qui n’existait pas. C’était comme une peinture abstraite, avec des éléments de spontanéité. Il fallait s’asseoir et regarder sans essayer un seul instant de piger quoi que ce soit», déclare-t-il alors. De l’art de transformer un demi-échec en demi-succès. Certes, «Magical mystery tour» revêt, par nombre de ses aspects, un côté amateur indiscutable! Mais qu’importe, même si le film est loin d’être une poutre maîtresse dans la carrière des quatre de Liverpool, il n’en reste pas moins que «Magical mystery tour» est un morceau d’anthologie dans l’ensemble de leur œuvre. Bien entendu, les choses avaient été beaucoup plus simples lorsque, quelques années auparavant, étaient successivement sortis « A hard day’s night» (Quatre garçons dans le vent, 1963, Warner) et «Help!» (Au secours!, 1965, Vidéo Collection). Le premier avait connu un incroyable succès. Le réalisateur Richard Lester n’en est alors qu’à ses balbutiements cinématographiques. «A hard day’s night» est son quatrième film. Lorsque, deux ans plus tard, on propose à Lester de réaliser « Help !», les dés sont pipés avant même que le, tournage commence. Brian Epstein, le manager des Beatles, pose des conditions draconiennes : que les Beatles restent soudés, qu’on ne les voit plus répéter ni jouer en public, que leurs loisirs n’aient trait ni à la boisson ni au sexe féminin et qu’enfin le film soit agréable et gai. «J’ai donc imaginé une histoire dans laquelle les Beatles seraient passifs», devait déclarer Lester. Qu’on en juge. «Help!» constitue 90 minutes de course-pour-suite où aucun de nos scarabées ne bafoue les règles de bonne conduite énoncées précédemment.

Il n’en reste pas moins que le film est vivant, drôle, plein de trouvailles et de jamesbonderies dont la Grande Bretagne raffole à l’époque. Pourtant « Help!» ne connaît qu’un demi-succès. Le crépuscule de la carrière cinématographique des Beatles semble sonner deux ans plus tard avec «Magical mystery tour» et les conséquences que l’on sait. Pour autant, le groupe doit-il faire son deuil du septième art? Le 29 décembre 1967, trois jours seulement après la débâcle du mystérieux tour magique, le Daily Mail titre : «After that flop, the cartoon Beatles», et annonce que cinq personnes travaillent d’arrache-pied sur le scénario de «Yellow submarine». Pour McCartney, Harrison, Starr et Lennon, le «Magical mystery tour» est déjà loin derrière.

Interview de Dutronc

DutroncLes adolescents redécouvrent les tubes de Dutronc. Quand allez-vous sortir une bonne vieille compilation qui va faire exploser le Top 50?
La réponse va être brève, jamais! Vogue a fait une espèce de best of 89, remixé, sans intérêt. Pour moi, il faut laisser les enregistrements d’origine et ne pas mettre le chanteur en avant et l’orchestre à 3 000 kilomètres derrière pour faire branché. Bref, non!
Le dernier album, «CQFD », n’a pas vraiment été un triomphe. La promotion à tous crins n’a-t-elle pas tué l’effet de surprise?
C’est vrai que j’ai fait toutes les émissions possibles et imaginables. J’avais l’impression que plus je faisais de télévision, moins je vendais de disques. J’aurais dû ne rien faire, comme je le voulais au départ. Je ne regrette rien. J’ai réalisé l’album comme je le souhaitais. Le reste…
«Sacrée soirée», ce n’est pas une émission que vous devez regarder chaque semaine, non?
DutroncJe n’ai pas le temps. J’y participe d’ailleurs trop souvent pour avoir le loisir de la regarder. Sinon, «Sacrée soirée» m’intéresse pour la séquence de la date de naissance. Il faut bien que je sache si j’ai gagné ou pas.
Que pensez-vous du business qui est fait autour des années 60?
C’est vrai que certains en font un complexe et d’autres en font un commerce infernal. C’est drôle ces mecs qui ne veulent pas vieillir. Bientôt, on va nous glonfler avec les années 70. D’ailleurs, c’est quoi les années 70? Poteries, hippies, les Doors et les pattes d’eph. Ça risque d’être moins rigolo et surtout plus négatif. Avec tout ce que les mecs de ces an-nées-là se sont mis dans le cornet, il ne doit pas en rester des masses.
Quand vous voyez des vieux scopitones, ça vous fait plutôt rire ou pleurer?
C’est pas vraiment le joie. C’était la chanson au premier degré. Les décors étaient simples : la tour Eiffel pour Paris et un buisson pour la campagne. Il y en avait quand même quelques-uns qui ressemblaient à des clips.
Pourquoi n’avez vous pas fait de clips pour la sortie de votre dernier album?
Il faut poser la question aux gens de CBS. C’était sûrement moins cher de faire des émissions de télévision. J’ai failli en faire un avec Wenders, un avec Zulawski et un avec Antoine de Caunes, mais c’était trop cher. Pourtant, il y a de très bons clips comme celui de Mondinot pour les Rita Mitsouko.
Acteur-chanteur, chanteur-acteur, tout le monde aujourd’hui sort de son domaine de base. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Remarquez qu’il y des gens qui ne sont ni acteurs ni chanteurs et qui font tout de même des disques et des films. Le problème, c’est qu’on propose à tous les acteurs de faire un disque et à tous les chanteurs de faire un film. Peu d’artistes ont la lucidité de refuser. Il faut dire que cela donne parfois d’excellents résultats. Prenez l’exemple de Vanessa Paradis. C’est une fan de mes chansons en plus…
Les cinq ans d’interruption dans votre carrière cinématographique vous ont permis de comprendre qu’il était difficile de monter un film. Que reste-t-il de ce projet?
DutroncPas grand chose. Aujourd’hui, les mecs n’hésitent pas à jouer les fourbes, du style : «Tu m’en aurais parlé à l’époque, je t’aurais aidé». Il n’empêche que j’ai perdu deux ans à monter un film qui ne verra jamais le jour. Point à la ligne.
Reprendre le collier avec Zulawski, ce n’est pas des plus reposants…
Mais ô combien intéressant. Si on fait vraiment ce métier-là, c’est pour tenter des expériences. C’est vrai qu’après un long arrêt, on a du mal à s’y remettre, mais il faut aussi trouver une bonne histoire. Aujourd’hui, tout le monde se croit scénariste. Le moindre mec de la RATP devient écrivain le soir. Attention, on est tous comme ça. J’ai appris cela récemment… Bref, j’avais besoin de travailler et le film est ce qu’il est. En tout cas, il n’est pas ce qu’il n’aurait pas dû être.
Quels sont vos rapports avec le metteur en scène?
Visionnez-vous les rushes? J’interviens très peu et je n’assiste pas à la séance de rushes. J’ai comme ça une vue plus saine du film. Le metteur en scène voit vingt-sept fois la même scène et ne sait plus où il en est. Comme disaient les concierges : « La plaisanterie a des limites.» Pourquoi je dis ça?
Ne rêvez-vous pas de travailler avec Bertrand Blier?
Ouais…Le problème de Bertrand Blier, c’est que ses scénarios sont supérieurs à ses films. C’est peut-être un parti pris. Mais c’est vrai qu’il a cette méchanceté qui manque à de nombreux réalisateurs en France et que l’on retrouve en partie dans le «Chambre à part» de Jacky Cukier.
Quand vous étiez gamin, étiez-vous fasciné par le cinéma ?
Je rêvais d’aller au cinéma, mais pas d’en faire. Le rêve s’est vite estompé parce que j’habitais à côté et que j’y allais très souvent en passant par la porte de sortie, bien sûr. A l’époque, les gens qui faisaient du cinéma étaient extraordinaires, inaccessibles. Aujourd’hui, tout le Monde y met des billes. Ça rapporte autant que la bijouterie ou le prêt-à-porter.
Quand Jean-Marie Périer vous a proposé «Antoine et Sébastien », votre premier film, vous avez accepté par bravade ou avec l’idée de faire une carrière?
DutroncC’était comme s’il m’avait proposé un gala, j’en avais rien à foutre d’une carrière au cinoche. L’alcool aidant, la naissance de mon fils et l’amitié avec Jean-Marie m’ont fait accepter.
Après, vous avez enchaîné film sur film…
C’est un peu par force. Je me suis dit que si j’arrêtais, je n’en ferais plus jamais.
Lelouch, Sautet…
Lelouch sautait qui? Non, c’est vrai, plus personne ne fait des rôles comme je fais. Etre un amoureux forcené, ça détruit. Il faut essayer de traverser les films en se préservant un peu. Et puis, les comédiens ne se comprennent pas toujours. Certains font vraiment le film, certains font un autre film et les derniers se préparent pour le prochain. C’était quoi la question ?
Les réalisateurs avec qui vous avez travaillé…
Il y en a eu plusieurs.
Godard…
Il est suisse ou français? Non, c’est bien de tourner avec lui. Par pour la carte de visite, je m’en tape. Sur le tournage, certains jours j’étais là et pas lui, et d’autres jours c’était le contraire. Il y a même eu certaines scènes où il n’y avait pas la caméra. Cela dit, j’aime bien «Sauve qui peut la vie».
Mocky…
C’est une sacrée expérience. Avec Mocky, il y a deux aventures, celle du tournage et celle du film. Souvent, le tournage est mieux que le film. Mocky est génial. Il dit «moteur!» dans sa voiture ou dans sa salle de bains car les techniciens sont un peu lents…
Zulawski…
Je l’aime beaucoup. C’est lui qui indique les placements de caméra et l’objectif à utiliser. Il sait filmer. On lui reproche de déraper dans ses films, mais tant qu’il ne se le reprochera pas lui-même, il continuera. Dans chaque film, il y a au moins un quart d’heure de leçon de cinéma.
Changeons de sujet. Roland-Garros et le Mondial de football se pointent. Est-ce à votre programme?
Non. Ça suffit ces conneries. Les mecs ont assez vendu de raquettes et de chaussettes. Tout le monde a sa tenue, il faut passer à autre chose. Le football, je le regarde seulement pour voir si les joueurs ont vraiment des slips sous leurs shorts. A ce propos, je me suis bien marré l’autre soir avec le match Marseille-Cannes. A Cannes, il y a un joueur qui s’appelle Sassus. C’est drôle, non? (Eclat de rires). Le problème en France, c’est que quand un joueur marque un but, ça devient un exploit. C’est quand même leur métier, non? D’ailleurs, vous connaissez le résultat du dernier match Leconte-Noah? Ils ont perdu tous les deux.
Etes-vous un vidéophile averti ?
Oui, mais je ne regarde que des versions originales, en américain comme en français. Il ne faut pas que ce soit réservé au cinéma de minuit ou aux pseudo-intellectuels. Ce sont les mêmes gens qui reprochent aux chanteurs de chanter en play-back qui veulent absolument voir les films en version française. C’est nul. J’enregistre beaucoup. Mon téléviseur me sert plus d’écran de cinéma que de récepteur de chaînes. J’ai une collection de navets assez superbe. Je m’amuse de temps à autre à monter, avec un U-Matic, les séquences les plus ringardes. Je suis plutôt bien équipé et je ne sais même plus combien j’ai de magnétoscopes. Pirate, moi? Je regarde aussi de temps à autre les infos à 6 heures sur La 5 ou inversement, je ne sais plus.
Gorbatchev qui se fait huer sur la place Rouge, ça vous a fait rire?
En tournée, on ne fait pas que des succès. Il a fait un bide une fois, mais le prochain gala sera sûrement meilleur. Vous savez, le public était mal assis, n’était pas très chaud. Quand il va reprendre une salle comme Bercy, avec une bonne sono et une bonne lumière, ça ira mieux. Jean-Michel Jarre derrière lui, et d’est gagné.
Vous écoutez la musique de vos petits camarades?
L’endroit où j’écoute le mieux la musique, c’est dans ma voiture, dans mon van plus précisément. Il y a une superbe acoustique. Au hit-parade de Dutronc, il y a «Sweet sixteen» de Billy ldol, «Wonderful world» de Louis Armstrong et tout le temps Dire Straits. Il n’y a pas coup u p de frenchies. Etrange…
Entre deux voyages en Corse, vous avez le temps d’aller au cinéma ?
Non. Je sais que si je replonge dans ce trip, je vais y aller quatre fois par jour et je ne foutrai plus rien. Cassettes et CDV, c’est bien aussi vous savez. J’ai vu le «Grand bleu» en version clip, c’est super. J’ai vu aussi «Qui veut la peau de Roger Rabbit?», c’est un excellent film.
Quelle est votre recette pour enrayer la crise du cinéma ?
Il n’y a qu’un seul moyen. Il faut interdire aux gens d’aller au cinéma et les obliger à regarder la télévision pendant un an, ou seulement les dramatiques, qui portent souvent bien leur nom. Après cela, tout le monde retournera dans les salles en courant.
Vous préparez le tournage du «Van Gogh » de Maurice Pialat. Où en êtes-vous exactement?
Le tournage démarre en juin avec deux mois de retard. En attendant, je dessine, je croque, je fais des plâtres pour avoir les gestes de base. Je lis des bouquins sur la vie de Van Gogh, mais tout est faux, soit c’est enjolivé soit c’est dramatisé. Je ne peux vous donner qu’un élément de base car je n’ai pas lu le scénario : Van Gogh ne savait pas qu’il était Van Gogh. C’est un film très important pour moi. Je vais encore vieillir de quelques années…

Baby blood

Baby blood Alain Robak n’a pas de complexes. Surtout pas celui du cinéaste français paralysé par le fantastique. Alors, il frappe fort. Une brune de vingt-cinq ans, Yanka, maîtresse du directeur d’un cirque, est nuitamment investie par une créature diabolique, sans doute apportée par un léopard récemment arrivé d’Afrique. Ce « bébé » lui parle (nous l’entendons, spectateurs privilégiés, grâce à une voix off croquignolette) et, comme la plante carnivore de «La petite boutique des horreurs », lui réclame du sang, encore du sang, toujours du sang. Yanka n’a pas le choix il faut qu’elle tue, sinon le petit monstre lui fera mal, très mal. Ce genre de scénario rappelle les films de Frank Henenlotter (« Frère de sang », «61-mer les remue-méninges »), où un personnage innocent abrite un parasite criminel. Mais le coup de génie de Robak, c’est qu’il s’agit ici d’une jeune femme pour qui le monstre qu’elle porte est bientôt assimilé à un sanglant bébé. En outre, sa Yanka est jouée par la sensuelle et plantureuse Emmanuelle Escourrou, dont la beauté sauvage convient admirablement au personnage, et qui se dépense d’ailleurs sans compter. Incontestablement, sa performance (courageuse à certains moments) n’est pas pour rien dans la réussite d’un film qui est le premier gore du cinéma français.