Harold et Maude

Harold et MaudeSorti presque à la sauvette en 1971, le petit film d’Hal Ashby a immédiatement bénéficié d’un bouche-à-oreille très favorable, devenant d’emblée un de ces films-cultes qu’on projette pendant de longues années dans une petite salle du Quartier Latin, attirant régulièrement un public fidèle qui retourne souvent le voir plusieurs fois. L’idée magistrale était de réunir deux générations du cinéma américain avec Ruth Gordon et Bud Oort, la mémé terrible et l’adolescent lunaire. Imaginer entre ces deux personnages une relation qui va jusqu’à la tendresse et même l’amour, telle était la gageure de «Harold et Maude». Elle est facilitée par le fait qu’ils sont, lui comme elle, des marginaux. Harold est un riche héritier qui vit sous la tutelle d’une mère abusive et passe son temps à mimer des suicides plus horribles les uns que les autres… Maude vit en bohème dans un wagon abandonné. Le jeune homme parvient, grâce à ses mises en scène macabres, à mettre en fuite les fiancées éventuelles que sa mère s’acharne à lui présenter. Puis il échappe à l’engagement dans l’armée que son oncle lui propose, et décide… d’épouser son amie Maude ! Cependant, Maude a décidé que la vie s’arrêterait pour elle le soir de ses 80 ans. Un film euphorique, plein. D’humour (volontiers noir) et de non-conformisme, rythmé par les jolies chansons de Cat Stevens.

La maison du lac

La maison du lacA la base, il y a un classique du théâtre de boulevard, monté plusieurs fois à Broadway. Ce morceau de premier choix pour cabots sublimes était parfaitement fait pour les dents longues et la trempe de comédiens comme Henry Fonda et Katharine Hepburn. Mark Rydell (le réalisateur de «The Rose») sent bien qu’il a cette fois devant la caméra… non pas un, mais trois tempéraments. Il sait qu’il ne faut surtout pas les brider par une mise en scène trop contraignante et qu’il faut être en permanence à leur écoute tant ils sont généreux d’eux-mêmes. Katharine Hepburn, malgré un tremblement « parkinsonien» de plus en plus marqué, donne au rôle d’Ethel, une dignité, un humour et une tendresse qui font chaud au cœur. Elle est la vieille personne «formidable» que l’on aimerait être à son âge. Du haut de ses 75 ans, elle mène le film avec ce dynamisme qui était le sien dans «L’impossible M. Bébé» ou, plus tard, «African queen». Une grande dame ! Son partenaire, Henry Fonda, joue ici son dernier rôle… à l’instigation de sa fille Jane. «La maison du lac» (titre.- original «On the golden pound») raconte l’été d’un couple venu, pour la quarantième fois, en vacances au bord du Lac Doré. Henry Fonda est Norman, le mari et le père. Un père qui ne s’est jamais vraiment entendu avec sa fille Cynthia, interprétée (bien que le rôle ne soit qu’épisodique) par Jane. Lorsqu’on connaît la petite histoire du clan Fonda (que Jane ne s’est jamais privée d’étaler en première page des journaux), on voit ce qu’a de «psychodramatique» le sujet. Ces retrouvailles sur le tard d’un père et d’une fille dépassent le film de fiction pour rejoindre la réalité… Mais, ça, on s’en fout un peu. Ce qui est passionnant, par contre, c’est la performance d’acteur d’un Henry Fonda miné par le cancer et illuminant ce vieil homme que l’approche de la mort angoisse et rend agressif. Fonda insuffle une merveilleuse énergie à ce vieux grincheux au cœur tendre. Et Miss Fonda est juste là pour lui donner la réplique sur quatre scènes tout en montrant, dans son maillot de bain deux pièces, que l’aérobic est un grand remède contre les préjudices de l’âge. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Flipper city

Flipper cityAprès le triomphe mérité de «Fritz the cat» (récemment sorti en cassette), son réalisateur Ralph Bakshi avait signé ce deuxième long métrage, une œuvre plus personnelle, semi-autobiographique. Il y raconte sa propre histoire, celle d’un jeune dessinateur quelque peu arriviste, fils de parents désunis, sur un ton à la fois percutant et poétique, corrosif et parodique. On y retrouve la technique remarquable qui lui a servi à animer les fameux personnages des bandes dessinées de Crumb. Dans ce tourbillon de couleurs et de musique de rock, un personnage principal émerge sans conteste la ville. La plus grande, la plus crasseuse, la plus dangereuse, la plus sordide, la plus surprenante du monde, New York USA bien sûr ! Ne manquez pas cette symphonie agressive et schizophrénique, sauf si vous êtes exclusivement amateur de dessins animés peuplés de gentils lapins et oisillons voletant dans de bucoliques forêts. Ralph Bakshi, c’est l’anti-Disney!

JezebelJezebel

Vers 1860 à la Nouvelle-Orléans une jeune, jolie et riche héritière garce, excentrique, capricieuse et tête à claques, Julie Marston, fait soupirer ses soupirants, les tyrannise et n’en fait qu’à sa tête. Elle va même provoquer des scandales en se présentant avec une robe rouge à un bal traditionnellement blanc. Elle rompt avec son fiancé, Pres, et sème la zizanie sur son passage. Trois ans plus tard, une épidémie de fièvre jaune sévit dans la région. Pres, exilé à Philadelphie depuis sa rupture avec Julie, revient à la Nouvelle-Orléans avec sa jeune femme Amy. Folle de rage, Julie tente tout pour les séparer. Pres est atteint par la fièvre, Julie se rend à son chevet et le soigne. Du coup, son attitude change complètement et la capricieuse Julie devient un modèle de sainteté et de dévotion. Julie n’est pas sans rappeler la Scarlett d’«Autant en emporte le vent», réalisé quelques années plus tard par Victor Fleming. «Jezebel» a valu un Oscar d’interprétation à Bette Davis et Henry Fonda «Jezebel» ou l’insoumise est un grand film, superbe et attachant. Il se situe dans la lignée des «Autant en emporte le vent» et autres chefs-d’œuvre immortels.