Benvenuta

Un scénariste en mal d’inspiration (Mathieu Carrière) rend visite à une romancière retirée à Gand (Françoise Fabian). Jadis, celle-ci a écrit un roman d’amour dont les protagonistes sont une pianiste virtuose (Fanny Ardant) et un séducteur milanais (Vittorio Gassman) qui la surnomme«Benvenuta».Benvenuta Nous comprendrons vite, malgré ses dénégations, qu’elle a plus ou moins vécu elle-même cette histoire. Avec ses questions, son enquête, François la force à sortir de sa réclusion et réveille en elle des sentiments oubliés… Au départ, c’est un livre de Suzanne Lilar, la mère de Françoise Mallet-Joris. En l’adaptant, André Delvaux s’est livré à son jeu favori entrecroiser le vrai et le faux, le présent et le passé, le réel et l’imaginaire. Il y a chez ce cinéaste belge quelque chose d’opaque et de feutré qui n’est parfois que le masque d’un lyrisme d’autant plus violent. Son personnage favori, c’est l’artiste ou l’intellectuel en crise – mais à travers lui, la passion est le fil d’Ariane d’une œuvre élégante et raffinée. Les admirateurs de Fanny Ardant ne seront pas déçus de la retrouver ici dans un rôle à sa mesure.

Bad boys

Bad boysDeux clans de loubards se disputent un petit marché de drogue dans les bas fonds de Chicago. Mick O’Brien, délinquant né, tuera accidentellement le petit frère de son ennemi Paco Moreno. A partir de ce fait divers et de la soif de vengeance de Moreno, le film va nous transplanter dans l’univers d’un centre d’éducation surveillée pour mineurs. Un ghetto humide d’angoisse, de tortures physiques et mentales et de désespérance. O’Brien incarcéré va beaucoup souffrir, et puis, peu à peu, se racheter. Mais Moreno n’oublie pas sa vengeance… Voilà un film d’adolescents plus noir que noir, d’une violence exacerbée et, pire encore, crédible. Bref, ça fonctionne à 100 %. B.P.

L’hôpital

C’est la déprime pour le docteur Herbert Bock, médecin-chef au Metropolitan Hospital, New York City, USA. Non seulement sa femme l’a quitté, non seulement sa fille contestataire est recherchée par la police pour trafic de drogue, mais une série mystérieuse d’accidents mortels se déclenche dans son hôpital. Certains malades sont traités par erreur pour des maladies qu’ils n’ont pas et succombent à ces soins aberrants. En même temps, Bock est saisi par le démon de midi et se lie à la fille d’un de ses malades, un chef indien qui se prend pour la réincarnation d’un dieu justicier. Celui-ci se révèle être l’auteur de tous ces meurtres : il voulait punir le coupable d’une erreur qui avait causé la mort d’un malade. C’est surtout l’indescriptible désordre qui règne à l’hôpital qui lui a permis de mener à bien ses criminelles activités… Les Américains, on le sait, sont friands des ces interminables mélos médicaux, qui font les beaux soirs de la télévision. Ici, c’est une satire délirante du fonctionnement d’un établisse ment hospitalier gigantesque. Un petit chef-d’œuvre d’humour noir, qui permet à l’excellent George C. Scott de fignoler un numéro très divertissant de médecin dépassé par les événements… A noter, la présence de Diana Rigg pour les nostalgiques de «Chapeau melon et bottes de cuir» (les bottes, ce fut elle…).

Reckless

Un décor sinistre d’usines, de fonderies d’acier qui crachent leur fumée grisâtre. Nous sommes à Eberton, Ohio. (Oh ! Aïe ! Oh ! Comme chanterait Adjani inspirée par Gainsbourg). Horizon bouché, surtout pour les jeunes. Pour eux, l’avenir est tout tracé : l’usine aux privilégiés, le chômage aux autres. Johnny Rourke, un jeune rebelle qui sillonne la ville sur sa moto, n’a qu’une idée en tête : partir. Solitaire, il ne se mêle à aucune bande, mais, le soir du bal du lycée, le hasard d’un tirage au sort le rapproche de Tracey, belle, blonde et bourgeoise. Tracey vit heureuse dans sa famille sous le signe de l’American way of lite. Elle est fiancée à Randy, un jeune homme plein d’avenir. Or, au contact de Johnny, elle va prendre conscience qu’elle attend autre chose de la vie. Se laissera-t-elle tenter par l’évasion en compagnie de Johnny ? Le film de James Foley ne se contente pas de mettre en scène des adolescents sur fond de musique stéréotypée, comme beaucoup d’autres. Il est centré sur une description très forte du mécanisme de l’assimilation sociale, celui précisément auquel Johnny veut échapper, à travers la vie des lycéens et leur conditionnement autour du culte imbécile du football. La mise en scène fait preuve d’une maîtrise enviable. Une excellente raison de ne pas manquer «Reckless», c’est bien sûr Daryl Hannah, la révélation de «Blade runner», bien plus à l’aise ici qu’en sirène dans le gentiment niais «Splash».

Harold et Maude

Harold et MaudeSorti presque à la sauvette en 1971, le petit film d’Hal Ashby a immédiatement bénéficié d’un bouche-à-oreille très favorable, devenant d’emblée un de ces films-cultes qu’on projette pendant de longues années dans une petite salle du Quartier Latin, attirant régulièrement un public fidèle qui retourne souvent le voir plusieurs fois. L’idée magistrale était de réunir deux générations du cinéma américain avec Ruth Gordon et Bud Oort, la mémé terrible et l’adolescent lunaire. Imaginer entre ces deux personnages une relation qui va jusqu’à la tendresse et même l’amour, telle était la gageure de «Harold et Maude». Elle est facilitée par le fait qu’ils sont, lui comme elle, des marginaux. Harold est un riche héritier qui vit sous la tutelle d’une mère abusive et passe son temps à mimer des suicides plus horribles les uns que les autres… Maude vit en bohème dans un wagon abandonné. Le jeune homme parvient, grâce à ses mises en scène macabres, à mettre en fuite les fiancées éventuelles que sa mère s’acharne à lui présenter. Puis il échappe à l’engagement dans l’armée que son oncle lui propose, et décide… d’épouser son amie Maude ! Cependant, Maude a décidé que la vie s’arrêterait pour elle le soir de ses 80 ans. Un film euphorique, plein. D’humour (volontiers noir) et de non-conformisme, rythmé par les jolies chansons de Cat Stevens.

La maison du lac

La maison du lacA la base, il y a un classique du théâtre de boulevard, monté plusieurs fois à Broadway. Ce morceau de premier choix pour cabots sublimes était parfaitement fait pour les dents longues et la trempe de comédiens comme Henry Fonda et Katharine Hepburn. Mark Rydell (le réalisateur de «The Rose») sent bien qu’il a cette fois devant la caméra… non pas un, mais trois tempéraments. Il sait qu’il ne faut surtout pas les brider par une mise en scène trop contraignante et qu’il faut être en permanence à leur écoute tant ils sont généreux d’eux-mêmes. Katharine Hepburn, malgré un tremblement « parkinsonien» de plus en plus marqué, donne au rôle d’Ethel, une dignité, un humour et une tendresse qui font chaud au cœur. Elle est la vieille personne «formidable» que l’on aimerait être à son âge. Du haut de ses 75 ans, elle mène le film avec ce dynamisme qui était le sien dans «L’impossible M. Bébé» ou, plus tard, «African queen». Une grande dame ! Son partenaire, Henry Fonda, joue ici son dernier rôle… à l’instigation de sa fille Jane. «La maison du lac» (titre.- original «On the golden pound») raconte l’été d’un couple venu, pour la quarantième fois, en vacances au bord du Lac Doré. Henry Fonda est Norman, le mari et le père. Un père qui ne s’est jamais vraiment entendu avec sa fille Cynthia, interprétée (bien que le rôle ne soit qu’épisodique) par Jane. Lorsqu’on connaît la petite histoire du clan Fonda (que Jane ne s’est jamais privée d’étaler en première page des journaux), on voit ce qu’a de «psychodramatique» le sujet. Ces retrouvailles sur le tard d’un père et d’une fille dépassent le film de fiction pour rejoindre la réalité… Mais, ça, on s’en fout un peu. Ce qui est passionnant, par contre, c’est la performance d’acteur d’un Henry Fonda miné par le cancer et illuminant ce vieil homme que l’approche de la mort angoisse et rend agressif. Fonda insuffle une merveilleuse énergie à ce vieux grincheux au cœur tendre. Et Miss Fonda est juste là pour lui donner la réplique sur quatre scènes tout en montrant, dans son maillot de bain deux pièces, que l’aérobic est un grand remède contre les préjudices de l’âge. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Flipper city

Flipper cityAprès le triomphe mérité de «Fritz the cat» (récemment sorti en cassette), son réalisateur Ralph Bakshi avait signé ce deuxième long métrage, une œuvre plus personnelle, semi-autobiographique. Il y raconte sa propre histoire, celle d’un jeune dessinateur quelque peu arriviste, fils de parents désunis, sur un ton à la fois percutant et poétique, corrosif et parodique. On y retrouve la technique remarquable qui lui a servi à animer les fameux personnages des bandes dessinées de Crumb. Dans ce tourbillon de couleurs et de musique de rock, un personnage principal émerge sans conteste la ville. La plus grande, la plus crasseuse, la plus dangereuse, la plus sordide, la plus surprenante du monde, New York USA bien sûr ! Ne manquez pas cette symphonie agressive et schizophrénique, sauf si vous êtes exclusivement amateur de dessins animés peuplés de gentils lapins et oisillons voletant dans de bucoliques forêts. Ralph Bakshi, c’est l’anti-Disney!

JezebelJezebel

Vers 1860 à la Nouvelle-Orléans une jeune, jolie et riche héritière garce, excentrique, capricieuse et tête à claques, Julie Marston, fait soupirer ses soupirants, les tyrannise et n’en fait qu’à sa tête. Elle va même provoquer des scandales en se présentant avec une robe rouge à un bal traditionnellement blanc. Elle rompt avec son fiancé, Pres, et sème la zizanie sur son passage. Trois ans plus tard, une épidémie de fièvre jaune sévit dans la région. Pres, exilé à Philadelphie depuis sa rupture avec Julie, revient à la Nouvelle-Orléans avec sa jeune femme Amy. Folle de rage, Julie tente tout pour les séparer. Pres est atteint par la fièvre, Julie se rend à son chevet et le soigne. Du coup, son attitude change complètement et la capricieuse Julie devient un modèle de sainteté et de dévotion. Julie n’est pas sans rappeler la Scarlett d’«Autant en emporte le vent», réalisé quelques années plus tard par Victor Fleming. «Jezebel» a valu un Oscar d’interprétation à Bette Davis et Henry Fonda «Jezebel» ou l’insoumise est un grand film, superbe et attachant. Il se situe dans la lignée des «Autant en emporte le vent» et autres chefs-d’œuvre immortels.

Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?

Y a-t-il enfin un pilote dans l'avionOn se souvient du vol désopilant du Boeing de «Y a-t-il un pilote dans l’avion ?». Les auteurs de cette délirante symphonie de gags ne pouvaient en rester là. Cette fois, c’est une navette spatiale qui doit décoller vers la lune. Nous y retrouvons le commandant de bord obsédé par les petits garçons, l’évadé de l’hôpital psychiatrique, l’hôtesse chargée de surveiller l’ordinateur, et puis la cargaison des passagers : un prêtre défroqué, un quarteron de touristes en goguette, une équipe de hockey sur glace, une nymphomane cherchant sa pâture, un désespéré suicidaire. Bien entendu, l’ordinateur du bord va devenir fou, comme dans «2001», et tenter d’emmener tout ce jolie monde se faire griller par le soleil. Heureusement, un jeune homme intrépide saura en venir à bout ! Quant à nous, nous sommes épuisés… de rire. Sans être aussi folle que celle de l’avion, cette traversée vaut le détour.

Une vierge sur canapéUne vierge sur canapé

L’intérêt principal (à certains moments du film, on aurait envie de dire «unique» !) de ce film, ce sont les acteurs. Natalie Wood, alors âgée de 26 ans, a déjà ses plus grands succès derrière elle : «La fureur de vivre» ou «West Side story». Mais ses films les plus intéressants sont à venir : «Daisy Claver» ou «Propriété privée». Elle est belle et en pleine possession de son métier d’actrice. Elle donne beaucoup de charme à son personnage de psychologue «vierge» et auteur d’un pamphlet à succès contre les hommes. Comme souvent dans le registre comique (lorsque les acteurs ne sont pas suffisamment dirigés), Natalie Wood en fait un peu trop dans l’hystérie, mais ses partenaires sont là pour la temporiser. Tony Curtis avait lui 39 ans lorsqu’il tourna ces «Sex and single girl» au titre français assez douteux : «Une vierge sur canapé»… Le couple Curtis-Wood marche bien et Blake Edwards s’en resservira tout de suite après, en les engageant pour «La grande course autour du monde». Dans la comédie de Richard Quine, Tony Curtis est un journaliste à scandale qui se fait passer pour un patient afin d’approcher la psychologue Natalie Wood qui se refuse à toute interview. Mais les pièges de l’amour sont imprévisibles… « Une vierge sur canapé » est le type même du bon sujet de théâtre de boulevard qui ne fait pas ‘forcément une bonne comédie américaine. Plus qu’aux maîtres du genre comme Frank Capra ou Leo Mc Carey, le film de Quine rappelle les charmes et l’humour plus moderne des films du duo Cary Grant-Doris Day. L’autre intérêt du film, c’est le couple d’amis plus âgé interprété par un Henry Fonda représentant en lingerie féminine et une Lauren Bacall épouse dévorée par la jalousie. Ils n’ont pas grand chose à faire, mais ils sont là et forment, eux aussi, un couple bien séduisant… avec un soupçon de nostalgie en plus

Barbe d’or et les pirates

Ils sont venus, ils sont tous là au rendez-vous de ce «Barbe d’or». Tous ou presque, c’est-à-dire quelques représentants des grands courants comiques anglo-saxons contemporains. Trois Monty Python : John Cleese, Ericldle et, surtout, Graham Chapman qui a cosigné le scénario et interprète le rôle principal de «Barbe d’or et les pirates». Deux du clan Mel Brooks Madeline Kahn et Marty Feldman dont ce fut le dernier film. Richard «Cheek» Marin et Tommy «Chong» que l’on avait pu découvrir en France dans un délirant «Faut trouver le joint». Sans oublier quelques gueststars sérieuses venues se défouler et prouver que, elles aussi, ont le sens de l’humour et de l’autodérision : James Mason en capitaine retors, Suzannah York et Martin Hewitt qui parvient enfin à échapper à son aura de jeune premier romantique que lui avait collée Franco Zeffirelli dans «Un amour infini». Ah, j’oubliais le beau David Bowie qui apparaît entre deux portes, juste le temps de jouer «Les dents de la mer». Les acteurs sont un des grands plaisirs de ce film inracontable, mais à l’intrigue très cohérente. Barbe d’or sort de prison et part à la recherche du trésor qu’il a enterré, il y a quelques années… Mais il a besoin de la carte qu’il a confiée à sa fidèle compagne… Mais, par prudence, sa fidèle compagne l’a tatouée sur le crâne de leur fils… Mais ce fils a beaucoup grandi et ne veut pas entendre parler de toutes ces histoires.Barbe d'or et les pirates Là-dessus, se greffent un tas de personnages plus fous les uns que les autres : savant distrait, lord alcoolique, maléfique El Nebuloso, capitaine au service de la reine, autre capitaine ancien second de Barbe d’or prêt à tout pour récupérer le trésor pour son compte, etc. Côté gags, c’est le feu d’artifice. Le bon et le moins bon s’enchaînent à 200 à l’heure avec, en commun, un vigoureux irrespect pour les institutions. Ce rire au grand air, tonifiant comme l’aventure et ravageur comme la parodie, vaut le détour.

Hysterical

Dans la grande tradition anglo-saxonne de la parodie de films d’épouvante, après des classiques comme «Le bal des vampires» ou «Dr Jerry et Mister Love», ce «Hysterical» serait plutôt un petit frère de «Y a-t-il un pilote dans l’avion ?» tant les références et les clins d’œil aux grands classiques et aux best-sellers cinématographiques du genre («Les dents de la mer», «La nuit des morts vivants» , etc.) sont nombreuses. Aux commandes de cette gigantesque et sanglante tarte à la crème, il y a les Hudson Brothers… Une famille comme le show-business en engendre régulièrement, trois surdoués de l’Entertainment qui chantent, dansent, jouent la comédie et écrivent leurs propres gags. «Hysterical» est une grande avalanche. Une petite ville est mise à mal par le spectre de l’épouse nymphomane du gardien de phare local. Deux spécialistes en phénomènes surnaturels arrivent sur place. Ce qui n’arrange pas les choses.Hysterical A partir de cette intrigue-prétexte, les gags vont fuser, usant et abusant des effets spéciaux, des explosions et des lieux communs de la parodie. On s’amuse. On est dans un jeu de piste. Il est bon de reconnaître au passage, dans le rôle du maire de la petite ville, Murray Hamilton qui était déjà le maire d’Amity, la station balnéaire des «Dents de la mer». Dans le rôle du capitaine-fantôme-requin, on ne peut pas se tromper il s’agit bien de Richard Kiel le «Jaws» (traduction littérale «mâchoires»… mais c’est aussi le titre original des «Dents de la mer»). On retrouve aussi BudCort («Harold et Maude») en médecin légiste. Et des gueules de séries B et de westerns comme Clint Walker, KeenanWynn ou Troy Donahue. Sans son encyclopédie cinéphilique, on s’amuse pas mal à cet «Hysterical» sans se sentir frustré. Mais, avec le décodeur de tout ce jeu de clins d’œil, on aurait presque un sentiment de supériorité…

Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques

Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonquesLe petit monde cocasse de Michel Audiard, France plus que moyenne, guignol acerbe et grinçant, est au rendez-vous de ce pseudo-policier parodique où le meilleur… c’est le titre ! Héros, ou plutôt antihéros, le minable Alfred (Michel Serrault) est un chômeur qui joue aux courses au lieu de chercher du travail, sans rien dire à sa femme, la belle Irène (Françoise Giret), marchande de lingerie féminine affriolante du côté de Pigalle. Alfred, bien sûr, perd lamentablement. Mais il rêve secrètement de prouver à Irène qu’il est moins nul qu’il n’en a l’air. En faisant de l’auto-stop, il se fait enlever par des truands que commande un certain Monsieur K (Bernard Blier). Ceux-ci lui proposent de jouer le rôle d’un cadavre qui permettra au gang de passer en fraude des diamants à Istanbul. Refusant de marcher dans la combine, Alfred s’échappe et se fait rattraper par un autre bandit, Kruger (Paul Meurisse), également intéressé par les fameux diamants. Pris entre le marteau et l’enclume, Alfred n’y comprend plus rien, pour notre plus grand plaisir. Dialoguiste N°1 du cinéma français, Michel Audiard signait ici son quatrième film comme réalisateur. On y retrouve ses truands pour rire, son humour virant sur le noir, ses plaisanteries macabres et surtout son faux argot farfelu. Un divertissement bien de chez nous, joué par de vieux renards.

Avec les compliments de l'auteurAvec les compliments de l’auteur

Oui, c’est bien Arthur Hiller, l’auteur de «Love story», qui a mis en scène cette comédie comme ce pamphlet satirique qui sort également ce mois-ci en cassette, «L’hôpital». Un metteur en scène éclectique ! Le héros est ici un jeune auteur dramatique (Al Pacino), père de cinq enfant hétéroclites à la suite de quatre mariages successifs, et dont l’épouse la plus récente vient de le quitter. Nous assistons aux efforts qu’il déploie pour faire jouer sa dernière pièce, puis à l’idylle qui se noue entre lui et la principale comédienne (Dyan Cannon), qui vient s’installer chez lui. Notre auteur a tout le mal du monde à concilier sa vie professionnelle et ses problèmes sentimentaux : la jeune femme finira par s’en aller. L’interprétation d’Al Pacino, entouré de ces cinq enfants, est évidemment l’attraction numéro 1 de ce film divertissant qui a le grand mérite de traiter avec humour et légèreté un sujet qui pourrait faire la matière de thèses sociologiques rébarbatives : la famille, le divorce, le problème des enfants et les difficultés des relations au sein de ces petits mondes éclatés que sont les microcosmes familiaux, surtout dans un pays comme les États-Unis…

 

Khartoum

KhartoumEn 1883 au Soudan, un chef religieux musulman, le Madhi, lutte pour libérer son pays du joug anglo-égyptien. Avec une armée de cent mille soldats fanatiques, il marche sur Khartoum. Sur son passage, rien ne lui résiste. Mais, dans la ville, un homme jouit d’une grande popularité : Charles Gordon, général représentant le gouvernement de sa très Gracieuse Majesté britannique, surnommé Gordon Pacha. Il y trouvera la mort et entrera dans l’Histoire… «Khartoum» est d’abord une énorme super production avec des milliers de figurants, des paysages sublimes (le film a été tourné sur les rives du Nil) et des scènes de guerre à couper le souffle. On y a mis le paquet et ça impressionne. Mais, loin de faire une apologie odieuse du colonialisme anglais, le film de Basil Dearden se contente d’être un hommage respectueux, mais non dénué d’humour à… l’Empire britannique. Au cœur du film, il y a bien sûr le face à face entre les deux ennemis : le Mandi d’un côté et Gordon Pacha de l’autre. Homme de devoir l’un et l’autre, ils sont déterminés à aller jusqu’au bout dans leur mission, mais… ils se portent réciproquement une authentique estime. Leur rencontre sous la tente, avec civilité et sens du devoir, n’est pas triste. Ces deux personnages historiques, dans les limites de leur image historique, permettent à deux étonnants comédiens de cabotiner à souhait. La médaille d’or revient à Laurence Olivier qui, le visage passé au fond de teint marron sombre, s’en donne à cœur joie dans le soupir et le regard profond comme un long sanglot. Heston, lui, fait plutôt dans la dignité et la raideur militaire. Tout dans l’uniforme impeccable et la mâchoire serrée. Ce mélange de clichés kitsch et de mouvements de foule fait de «Khartoum» un sympathique et copieux grand spectacle.

Les jeunes années d’une reine

Les jeunes années d'une reine95 minutes de la vie d’une reine ou comment passer au hachoir et à la moulinette les trois films fleuves qu’Ernst Marishka a consacrés à la vie de l’impératrice Elizabeth d’Autriche. Mais ce n’est pas tellement de l’impératrice qu’il s’agit, mais plutôt de «la Romy», qui, si elle n’avait pas joué «la Sissi» quasiment depuis le berceau n’aurait pas fait la carrière que l’on sait. «Les jeunes années d’une reine» est un pot-pourri de Sissi, de la même face à son destin et toujours la même enfin sacrée et consacrée impératrice. C’est d’un parfait mauvais goût, mais c’est délicieux, sucré, ravissant, charmant et démodé. C’est d’une laideur totale, mais c’est divin. C’est truffé de sottises, mais tout à fait digeste. Sans compter que ce genre de films est entré dans la légende et que malgré la collection d’inexactitudes inhérentes aux superproductions – idéales pour jouer en famille au jeu des 7 erreurs – derrière les balbutiements de Romy/Sissi apparaît déjà le profil d’une réelle actrice. Les amoureux du protocole en seront pour leurs frais. Quant à ceux qui connaissent sur le bout des doigts leur histoire d’Elizabeth, ils ne retrouveront pas dans la greluche charmante et so-sotte leur impératrice d’Autriche. Voir plutôt du côté de Visconti et de son «Crépuscule des dieux»pour trouver une Romy/Elizabeth un peu. plus crédible.

Ultime combatUltime combat

Ça commence comme « Apocalypse now » et ça se continue très vite comme «Rambo». D’ailleurs ce film (dont le titre américain est «Last blood» alors que celui du film de Ted Kotcheff et Stallone était «First blood») ne s’en cache pas. Anthony Dawson raconte l’histoire du soldat… Rando ! Un brave petit yankee obéit aux ordres d’un fou mégalomane, le capitaine Harlow. Lors de l’attaque d’un village vietnamien, Harlow, pour qui les soldats ne sont que de la chair à canons, abandonne sans sourciller le pauvre Rando qui est en train de ramasser les blessés. C’est le début d’une haine à mort entre les deux hommes. Mais Rando, béret vert surentrainé, sait comment survivre dans un pays hostile. Traqué par ses propres compagnons d’armes (pour avoir amoché la figure du capitaine Harlow) et traqué par le Viêt-Cong, Rando s’enfonce seul dans la jungle pour atteindre la frontière du Laos et la liberté. Encore un violent combat pour la survie… Ce n’est pas nouveau : les Italiens plagient toujours les films à succès. Mais certains (et c’est le cas de Dawson) apportent souvent quelque chose en plus. «Ultime combat²» ne manque pas, à certains moments, de démesure et de lyrisme… Il faut voir Rando évitant les pièges Viêt-Cong ou s’échappant du puits plein de rats où il est prisonnier. Il faut aussi voir le coup de théâtre final (non, je ne dirai rien I) sur fond de rizière et de coucher de soleil ! Anthony Dawson, dans les années 60, s’appelait aussi Antonio Margheriti et signa quelques beaux petits films d’épouvante (avec Barbara Steele, entre autres) et quelques films de science-fiction «James bondiens» assez délirants pour l’époque. Aujourd’hui, pour survivre et s’imposer dans un cinéma italien en crise qui cherche, avant tout, à atteindre un marché international, il fait des «copies-pas-tout-à-fait-conformes». Mais lorsqu’ on réalise depuis vingt-quatre ans, on finit par connaître son métier… et même savoir surprendre avec une intrigue apparemment sans surprise.