Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?

Y a-t-il enfin un pilote dans l'avionOn se souvient du vol désopilant du Boeing de «Y a-t-il un pilote dans l’avion ?». Les auteurs de cette délirante symphonie de gags ne pouvaient en rester là. Cette fois, c’est une navette spatiale qui doit décoller vers la lune. Nous y retrouvons le commandant de bord obsédé par les petits garçons, l’évadé de l’hôpital psychiatrique, l’hôtesse chargée de surveiller l’ordinateur, et puis la cargaison des passagers : un prêtre défroqué, un quarteron de touristes en goguette, une équipe de hockey sur glace, une nymphomane cherchant sa pâture, un désespéré suicidaire. Bien entendu, l’ordinateur du bord va devenir fou, comme dans «2001», et tenter d’emmener tout ce jolie monde se faire griller par le soleil. Heureusement, un jeune homme intrépide saura en venir à bout ! Quant à nous, nous sommes épuisés… de rire. Sans être aussi folle que celle de l’avion, cette traversée vaut le détour.

Une vierge sur canapéUne vierge sur canapé

L’intérêt principal (à certains moments du film, on aurait envie de dire «unique» !) de ce film, ce sont les acteurs. Natalie Wood, alors âgée de 26 ans, a déjà ses plus grands succès derrière elle : «La fureur de vivre» ou «West Side story». Mais ses films les plus intéressants sont à venir : «Daisy Claver» ou «Propriété privée». Elle est belle et en pleine possession de son métier d’actrice. Elle donne beaucoup de charme à son personnage de psychologue «vierge» et auteur d’un pamphlet à succès contre les hommes. Comme souvent dans le registre comique (lorsque les acteurs ne sont pas suffisamment dirigés), Natalie Wood en fait un peu trop dans l’hystérie, mais ses partenaires sont là pour la temporiser. Tony Curtis avait lui 39 ans lorsqu’il tourna ces «Sex and single girl» au titre français assez douteux : «Une vierge sur canapé»… Le couple Curtis-Wood marche bien et Blake Edwards s’en resservira tout de suite après, en les engageant pour «La grande course autour du monde». Dans la comédie de Richard Quine, Tony Curtis est un journaliste à scandale qui se fait passer pour un patient afin d’approcher la psychologue Natalie Wood qui se refuse à toute interview. Mais les pièges de l’amour sont imprévisibles… « Une vierge sur canapé » est le type même du bon sujet de théâtre de boulevard qui ne fait pas ‘forcément une bonne comédie américaine. Plus qu’aux maîtres du genre comme Frank Capra ou Leo Mc Carey, le film de Quine rappelle les charmes et l’humour plus moderne des films du duo Cary Grant-Doris Day. L’autre intérêt du film, c’est le couple d’amis plus âgé interprété par un Henry Fonda représentant en lingerie féminine et une Lauren Bacall épouse dévorée par la jalousie. Ils n’ont pas grand chose à faire, mais ils sont là et forment, eux aussi, un couple bien séduisant… avec un soupçon de nostalgie en plus

Barbe d’or et les pirates

Ils sont venus, ils sont tous là au rendez-vous de ce «Barbe d’or». Tous ou presque, c’est-à-dire quelques représentants des grands courants comiques anglo-saxons contemporains. Trois Monty Python : John Cleese, Ericldle et, surtout, Graham Chapman qui a cosigné le scénario et interprète le rôle principal de «Barbe d’or et les pirates». Deux du clan Mel Brooks Madeline Kahn et Marty Feldman dont ce fut le dernier film. Richard «Cheek» Marin et Tommy «Chong» que l’on avait pu découvrir en France dans un délirant «Faut trouver le joint». Sans oublier quelques gueststars sérieuses venues se défouler et prouver que, elles aussi, ont le sens de l’humour et de l’autodérision : James Mason en capitaine retors, Suzannah York et Martin Hewitt qui parvient enfin à échapper à son aura de jeune premier romantique que lui avait collée Franco Zeffirelli dans «Un amour infini». Ah, j’oubliais le beau David Bowie qui apparaît entre deux portes, juste le temps de jouer «Les dents de la mer». Les acteurs sont un des grands plaisirs de ce film inracontable, mais à l’intrigue très cohérente. Barbe d’or sort de prison et part à la recherche du trésor qu’il a enterré, il y a quelques années… Mais il a besoin de la carte qu’il a confiée à sa fidèle compagne… Mais, par prudence, sa fidèle compagne l’a tatouée sur le crâne de leur fils… Mais ce fils a beaucoup grandi et ne veut pas entendre parler de toutes ces histoires.Barbe d'or et les pirates Là-dessus, se greffent un tas de personnages plus fous les uns que les autres : savant distrait, lord alcoolique, maléfique El Nebuloso, capitaine au service de la reine, autre capitaine ancien second de Barbe d’or prêt à tout pour récupérer le trésor pour son compte, etc. Côté gags, c’est le feu d’artifice. Le bon et le moins bon s’enchaînent à 200 à l’heure avec, en commun, un vigoureux irrespect pour les institutions. Ce rire au grand air, tonifiant comme l’aventure et ravageur comme la parodie, vaut le détour.

Hysterical

Dans la grande tradition anglo-saxonne de la parodie de films d’épouvante, après des classiques comme «Le bal des vampires» ou «Dr Jerry et Mister Love», ce «Hysterical» serait plutôt un petit frère de «Y a-t-il un pilote dans l’avion ?» tant les références et les clins d’œil aux grands classiques et aux best-sellers cinématographiques du genre («Les dents de la mer», «La nuit des morts vivants» , etc.) sont nombreuses. Aux commandes de cette gigantesque et sanglante tarte à la crème, il y a les Hudson Brothers… Une famille comme le show-business en engendre régulièrement, trois surdoués de l’Entertainment qui chantent, dansent, jouent la comédie et écrivent leurs propres gags. «Hysterical» est une grande avalanche. Une petite ville est mise à mal par le spectre de l’épouse nymphomane du gardien de phare local. Deux spécialistes en phénomènes surnaturels arrivent sur place. Ce qui n’arrange pas les choses.Hysterical A partir de cette intrigue-prétexte, les gags vont fuser, usant et abusant des effets spéciaux, des explosions et des lieux communs de la parodie. On s’amuse. On est dans un jeu de piste. Il est bon de reconnaître au passage, dans le rôle du maire de la petite ville, Murray Hamilton qui était déjà le maire d’Amity, la station balnéaire des «Dents de la mer». Dans le rôle du capitaine-fantôme-requin, on ne peut pas se tromper il s’agit bien de Richard Kiel le «Jaws» (traduction littérale «mâchoires»… mais c’est aussi le titre original des «Dents de la mer»). On retrouve aussi BudCort («Harold et Maude») en médecin légiste. Et des gueules de séries B et de westerns comme Clint Walker, KeenanWynn ou Troy Donahue. Sans son encyclopédie cinéphilique, on s’amuse pas mal à cet «Hysterical» sans se sentir frustré. Mais, avec le décodeur de tout ce jeu de clins d’œil, on aurait presque un sentiment de supériorité…

Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques

Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonquesLe petit monde cocasse de Michel Audiard, France plus que moyenne, guignol acerbe et grinçant, est au rendez-vous de ce pseudo-policier parodique où le meilleur… c’est le titre ! Héros, ou plutôt antihéros, le minable Alfred (Michel Serrault) est un chômeur qui joue aux courses au lieu de chercher du travail, sans rien dire à sa femme, la belle Irène (Françoise Giret), marchande de lingerie féminine affriolante du côté de Pigalle. Alfred, bien sûr, perd lamentablement. Mais il rêve secrètement de prouver à Irène qu’il est moins nul qu’il n’en a l’air. En faisant de l’auto-stop, il se fait enlever par des truands que commande un certain Monsieur K (Bernard Blier). Ceux-ci lui proposent de jouer le rôle d’un cadavre qui permettra au gang de passer en fraude des diamants à Istanbul. Refusant de marcher dans la combine, Alfred s’échappe et se fait rattraper par un autre bandit, Kruger (Paul Meurisse), également intéressé par les fameux diamants. Pris entre le marteau et l’enclume, Alfred n’y comprend plus rien, pour notre plus grand plaisir. Dialoguiste N°1 du cinéma français, Michel Audiard signait ici son quatrième film comme réalisateur. On y retrouve ses truands pour rire, son humour virant sur le noir, ses plaisanteries macabres et surtout son faux argot farfelu. Un divertissement bien de chez nous, joué par de vieux renards.

Avec les compliments de l'auteurAvec les compliments de l’auteur

Oui, c’est bien Arthur Hiller, l’auteur de «Love story», qui a mis en scène cette comédie comme ce pamphlet satirique qui sort également ce mois-ci en cassette, «L’hôpital». Un metteur en scène éclectique ! Le héros est ici un jeune auteur dramatique (Al Pacino), père de cinq enfant hétéroclites à la suite de quatre mariages successifs, et dont l’épouse la plus récente vient de le quitter. Nous assistons aux efforts qu’il déploie pour faire jouer sa dernière pièce, puis à l’idylle qui se noue entre lui et la principale comédienne (Dyan Cannon), qui vient s’installer chez lui. Notre auteur a tout le mal du monde à concilier sa vie professionnelle et ses problèmes sentimentaux : la jeune femme finira par s’en aller. L’interprétation d’Al Pacino, entouré de ces cinq enfants, est évidemment l’attraction numéro 1 de ce film divertissant qui a le grand mérite de traiter avec humour et légèreté un sujet qui pourrait faire la matière de thèses sociologiques rébarbatives : la famille, le divorce, le problème des enfants et les difficultés des relations au sein de ces petits mondes éclatés que sont les microcosmes familiaux, surtout dans un pays comme les États-Unis…

 

Khartoum

KhartoumEn 1883 au Soudan, un chef religieux musulman, le Madhi, lutte pour libérer son pays du joug anglo-égyptien. Avec une armée de cent mille soldats fanatiques, il marche sur Khartoum. Sur son passage, rien ne lui résiste. Mais, dans la ville, un homme jouit d’une grande popularité : Charles Gordon, général représentant le gouvernement de sa très Gracieuse Majesté britannique, surnommé Gordon Pacha. Il y trouvera la mort et entrera dans l’Histoire… «Khartoum» est d’abord une énorme super production avec des milliers de figurants, des paysages sublimes (le film a été tourné sur les rives du Nil) et des scènes de guerre à couper le souffle. On y a mis le paquet et ça impressionne. Mais, loin de faire une apologie odieuse du colonialisme anglais, le film de Basil Dearden se contente d’être un hommage respectueux, mais non dénué d’humour à… l’Empire britannique. Au cœur du film, il y a bien sûr le face à face entre les deux ennemis : le Mandi d’un côté et Gordon Pacha de l’autre. Homme de devoir l’un et l’autre, ils sont déterminés à aller jusqu’au bout dans leur mission, mais… ils se portent réciproquement une authentique estime. Leur rencontre sous la tente, avec civilité et sens du devoir, n’est pas triste. Ces deux personnages historiques, dans les limites de leur image historique, permettent à deux étonnants comédiens de cabotiner à souhait. La médaille d’or revient à Laurence Olivier qui, le visage passé au fond de teint marron sombre, s’en donne à cœur joie dans le soupir et le regard profond comme un long sanglot. Heston, lui, fait plutôt dans la dignité et la raideur militaire. Tout dans l’uniforme impeccable et la mâchoire serrée. Ce mélange de clichés kitsch et de mouvements de foule fait de «Khartoum» un sympathique et copieux grand spectacle.

Les jeunes années d’une reine

Les jeunes années d'une reine95 minutes de la vie d’une reine ou comment passer au hachoir et à la moulinette les trois films fleuves qu’Ernst Marishka a consacrés à la vie de l’impératrice Elizabeth d’Autriche. Mais ce n’est pas tellement de l’impératrice qu’il s’agit, mais plutôt de «la Romy», qui, si elle n’avait pas joué «la Sissi» quasiment depuis le berceau n’aurait pas fait la carrière que l’on sait. «Les jeunes années d’une reine» est un pot-pourri de Sissi, de la même face à son destin et toujours la même enfin sacrée et consacrée impératrice. C’est d’un parfait mauvais goût, mais c’est délicieux, sucré, ravissant, charmant et démodé. C’est d’une laideur totale, mais c’est divin. C’est truffé de sottises, mais tout à fait digeste. Sans compter que ce genre de films est entré dans la légende et que malgré la collection d’inexactitudes inhérentes aux superproductions – idéales pour jouer en famille au jeu des 7 erreurs – derrière les balbutiements de Romy/Sissi apparaît déjà le profil d’une réelle actrice. Les amoureux du protocole en seront pour leurs frais. Quant à ceux qui connaissent sur le bout des doigts leur histoire d’Elizabeth, ils ne retrouveront pas dans la greluche charmante et so-sotte leur impératrice d’Autriche. Voir plutôt du côté de Visconti et de son «Crépuscule des dieux»pour trouver une Romy/Elizabeth un peu. plus crédible.

Ultime combatUltime combat

Ça commence comme « Apocalypse now » et ça se continue très vite comme «Rambo». D’ailleurs ce film (dont le titre américain est «Last blood» alors que celui du film de Ted Kotcheff et Stallone était «First blood») ne s’en cache pas. Anthony Dawson raconte l’histoire du soldat… Rando ! Un brave petit yankee obéit aux ordres d’un fou mégalomane, le capitaine Harlow. Lors de l’attaque d’un village vietnamien, Harlow, pour qui les soldats ne sont que de la chair à canons, abandonne sans sourciller le pauvre Rando qui est en train de ramasser les blessés. C’est le début d’une haine à mort entre les deux hommes. Mais Rando, béret vert surentrainé, sait comment survivre dans un pays hostile. Traqué par ses propres compagnons d’armes (pour avoir amoché la figure du capitaine Harlow) et traqué par le Viêt-Cong, Rando s’enfonce seul dans la jungle pour atteindre la frontière du Laos et la liberté. Encore un violent combat pour la survie… Ce n’est pas nouveau : les Italiens plagient toujours les films à succès. Mais certains (et c’est le cas de Dawson) apportent souvent quelque chose en plus. «Ultime combat²» ne manque pas, à certains moments, de démesure et de lyrisme… Il faut voir Rando évitant les pièges Viêt-Cong ou s’échappant du puits plein de rats où il est prisonnier. Il faut aussi voir le coup de théâtre final (non, je ne dirai rien I) sur fond de rizière et de coucher de soleil ! Anthony Dawson, dans les années 60, s’appelait aussi Antonio Margheriti et signa quelques beaux petits films d’épouvante (avec Barbara Steele, entre autres) et quelques films de science-fiction «James bondiens» assez délirants pour l’époque. Aujourd’hui, pour survivre et s’imposer dans un cinéma italien en crise qui cherche, avant tout, à atteindre un marché international, il fait des «copies-pas-tout-à-fait-conformes». Mais lorsqu’ on réalise depuis vingt-quatre ans, on finit par connaître son métier… et même savoir surprendre avec une intrigue apparemment sans surprise.

Le vol du sphinx

Le vol du sphinxOn se souvient de ces films des années 30, où Jean Gabin s’en allait en Afrique pour oublier un désespoir d’amour, s’engageait dans la Légion étrangère et se retrouvait dans un bled perdu, brusquement confronté à une aventure sans issue. Ce film de Laurent Ferrier est une transposition actuelle de ces récits désuets. Au lieu de noyer son chagrin dans l’alcool, Tom (Souchon) s’est retiré au sud du Maroc. A bord d’un zinc pourri, baptisé «le Sphinx», il transporte des marchandises pour les indigènes. On sent que cet homme a refait sa vie loin de notre société. Les touristes sont rares. Or, voilà que débarquent quatre personnes, dont un gros trafiquant d’armes (Perrot) et une jeune femme, Laura (Miou-Miou) qui ressemble beaucoup à celle qui, autrefois, a brisé le cœur de Tom… La fatalité va encore frapper. Une machination diabolique se prépare, un complot dont les ficelles lui échappent. Laurent Ferrier se délecte à filmer le désert, mais laisse un peu les éléments de son intrigue se disperser avec le sable sous le vent. Alain Souchon, dans un contre-emploi délibéré, étonne un peu mais force la sympathie. S’il est difficile de croire à Miou-Miou en femme fatale, on s’intéresse aux comparses : Jean Benguigui, Robin Renucci, et surtout François Perrot, irrésistible en marchand d’armes bougon.

La légion des damnés

La légion des damnesRien à voir avec le chef-d’œuvre du même nom de King Vidor datant de 1936. Cette «Légion des damnés» est un film de guerre réalisé par Umberto Lenzi. Pendant la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord, un militaire (Jack Palance) veut se venger d’un colonel allemand responsable de la mort de ses hommes. Pour cela, il va recruter une brochette de crapules (repris de justice, spécialistes des explosifs, du combat sous toutes ses formes). Le colonel allemand étant plus rusé qu’un renard du désert (historique allusion), il est évidemment au courant du projet de vengeance. Le dénouement de l’histoire se fera dans le sang, l’hémoglobine, le ketchup, la sauce tomate, et j’en passe. «La légion des damnés» est un film de guerre qui n’a rien d’historique à ne pas confondre avec les films historiques qui n’ont rien des films de guerre. Action sans moteur mais action tout de même.

Grogs et vin chaud à gogo

Avec tout ce qu’il avait de bonheurs et d’oublis, bien sûr. Parallèlement à cette manifestation se déroulait une compétition vidéo dans la salle de l’hôtel des Ruches. Le jury, présidé par Claude Chabrol et composé de Valérie Mairesse, Pierre Malet, Jean-Claude Romer et votre serviteur, a décerné le prix Vidéo-Thomson au film «Le masque du démon» de Marin Bava (GCR). Et puis il y avait les soirées, autres points de rencontres des festivaliers, celle de TF1 sous le parrainage de son président Hervé Bourges et son renfort de journalistes et de réalisateurs. Ou encore, celle des côtes-du-rhône où furent intronisés chevaliers, Danièle Thompson (scénariste), Valérie Mairesse, Véronique Genest, Claude Chabrol et Claude Zidi. La cérémonie très officielle ajoutait un peu plus au mystère ambiant dont s’était parée la station pour le festival, qui cette année était largement décentralisé. Du restaurant des lntrets avec son patron Guy Dupuis au bar du Snow avec Michèle (ravissante) en passant par le Creepy (oh le beau nom) ou le bar des Dromonts, le vin chaud et le grog allaient bon train. Non pas tant à cause du froid, mais plus pour affronter les enfants assassins de «Horror kid», l’exécuteur de «Terminator», les monstres cauchemardesques de, «Nightmare on Elmstreet» ou de «Dreamscape». Ah, il y avait aussi le petit Chaperon rouge du film « Company of the wolves », mais lui on n’avait pas envie de l’affronter. J’en connais plus d’un qui aurait bien voulu hurler avec lui, le soir avec ou sans pleine lune. Ce sera sans doute pour l’année prochaine. La jeune louve, Sarah Patterson, n’avait que 13 ans quand elle a tourné le film. Et comme chacun sait, à 13 ans on est très en vie.

L’année De Tous Les Maléfices

«Le chapelet du temps s’égrène tous aussi bien du côté de Satan. Voici douze ans déjà que se déroule la messe noire d’Avoriaz. Cette année est la treizième, chiffre magique et sulfureux, s’il en faut, une aubaine Ces quelques phrases empruntées à un article de Claude Chabrol, pour le catalogue du festival, illustrent à point la place et l’importance qu’occupe aujourd’hui en Europe et dans le monde, un genre cinématographique, il y a peu encore maudit, et une station d’hiver accouchée d’un rocher. Treize messes noires sur fond blanc. Et tout le monde va bien, le festival et son autel, merci pour eux. Et les initiés qui par centaines se serrent dans les cinémas comme pour mieux frissonner. Cette année donc était un anniversaire. Il fallait marquer le coup. Ce fut fait, en premier lieu avec le grand jury présidé par un géant du cinéma mondial, Robert de Niro qui était entouré de Gabrielle Lazure, Nicole Garcia, Benoite Grouit, Masaki Kobayashi, Claude Pinoteau, Valerio Adami, Guy Béart, Michael. Radford, Jacques Rosny, Franco Brusati, Christopher Walken, Georges WH-, son et Claude Zidi. Puis il y avait d’autres personnalités, toutes aussi prestigieuses. Des stars et des poussières d’étoiles, des sympas et des snobs, bref tout un aréopage plutôt représentatif du monde de l’image et du show-business.

Caroline CellierDes bonheurs et des oublis

Du côté des dames, il y avait Caroline Cellier, adorable ; Jacqueline Maillan, discrète Véronique Jannot, souriante ; Brigitte Fossey, rêveuse ; Grâce Jones, géniale ; Stéphanie de Monaco, fabuleuse ; Dominique Lavanant, sympathique ; Valérie Mairesse, amicale ; Véronique Genest, truculente ; Elisabeth Bourgine, prometteuse ; Anémone, pétillante ; Isabel Lorca, jeune et espiègle. Du côté des messieurs, il y en avait aussi de tous les goûts et de toutes les saveurs. On aura surtout remarqué Thierry Lhermitte, Bernard Giraudeau, Richard Anconina, Michel Blanc, Julien Clerc, Francis Perrin, Jean Poiret, Jean-Pierre Cassel. Ah, il y avait aussi Pierre Richard et Claude Brasseur. Et puis des réalisateurs français et étrangers, des producteurs de films, dont quatorze en compétition dans trois salles de cinéma. Chacun y allait de son argumentation pour applaudir ou maudire tel ou tel film. D’aucuns regrettaient la qualité moyenne des films sélectionnés. Mais presque tous ont apprécié le palmarès final.

Richard Gere American playboy

Richard GereLèvres renfrognées, regard noir comme le jais, menton volontaire, cheveux peu sages, bras puissants, torse musclé et étalé jusqu’à l’ostentation… Richard Gere est devenu, en quelques films, «la star la plus désirable d’Hollywood». Ce titre, c’est Playgirl (le journal des dames américaines qui aiment bien les messieurs déshabillés) qui le lui a attribué. Mais, lorsqu’on lui dit qu’il est un «sex objet», Richard Gere rugit violemment. La journaliste de The ladies’ home journal ne s’en est pas encore remise. Lorsqu’elle posa la question fatidique, elle vit ce jeune mec de 34 ans bondir devant elle, baisser son pantalon et exposer en gros plan l’endroit précis d’un slip bleu et lui dire : « Voilà ce que j’appelle un «sex objet!» Pourtant Richard Gere, à l’écran, soigne son image de mâle très sexuel. Personne n’a oublié son look très classe de professionnel de la prostitution. à la sensualité narcissique, dans «American gigolo» de Paul Schrader, sa torride scène d’amour avec Debra Winger dans «Officier et gentleman» de Taylor Hackford ou encore ses étreintes sous la douche avec Valérie Kaprisky dans «A bout de souffle, made in USA» de Jim Mc Bride. Des interviews avec le beau Richard, il y en a peu. Et quand elles ont lieu, ou bien il ne dit rien.., ou bien ça se passe mal. Le Monsieur a son caractère et semble fuir les journalistes autant que Garbo en son temps. Cependant, sublime paradoxe, peu d’acteurs aussi secrets ont suscité autant d’articles dans les magazines. Bien que sa vie privée reste la plus obscure des énigmes, la presse américaine arrive toujours à le surprendre en galante compagnie. Car Richard Gere soigne son image de marque publique et s’affiche avec des dames aussi désirables et célèbres que Lauren Hutton, Barbara Carrera, Tuesday Weld ou Diana Ross. Richard Gere joue avec la presse en essayant d’en minimiser les inconvénients. On n’oubliera pas sa participation involontaire au film de Raymond Depardon, «Reporters». Alors en tournée promotionnelleà paris pour «American gigolo» et désirant visiterincognito la capitale, il était traqué par une meute de photographes. Et, en 1979, il était juste un peu connu ! Depuis, les incidents ont été nombreux : des bousculades musclées de paparazzi à cette comparaison des relations des journalistes avec l’acteur à celles des puces sur le dos d’un chien… Richard Gare explique lui-même sa méfiance hostile à l’égard des interviewers : «Il y a quelques années, un con nard insistait pour savoir qui étaient mes parents et d’où ils venaient. Je lui ai demandé de leur foutre la paix et de ne pas parler d’eux parce que leur vie deviendrait un enfer. Ce crétin a persisté et a fini par trouver. Il a. pour ainsi dire, publié leur numéro de téléphone dans son putain d’article». Le chemin de Richard Gere pour arriver à la tête d’affiche a été assez long. Plus de dix années de musique, de théâtre et de cinéma. Richard Gere est né un beau jour de 1950, à Philadelphie, mais il a passé son enfance à Syracuse, dans l’Etat de New York : «Dans ma famille, confie-t-il, il n’y avait pas de comédiens. Mon père vendait des assurances. Mais nous étions tous musiciens. Le soir, après les cours, je rentrais jouer un morceau de jazz avec mes quatre frères et sœurs. Ma famille était formidable. Je faisais du sport, je faisais de la musique, j’allais au lycée. Ma vie était normale… normalement banlieusarde, vous savez». Et, avec juste ce qu’il faut d’humour, il ajoute. «Mais j’étais un enfant prodige». La chose est presque vraie. Car le jeune Richard jouait de plusieurs instruments : trompette, piano, guitare, banjo et même cithare. Il a aussi écrit des histoires et des chansons pour des pièces qu’il a lui-même jouées et chantées au lycée. En 1970, après sa licence de philo à l’université du Massachusetts et un joli début de carrière théâtrale, il s’installe dans une communauté dans le Vermont et forme un orchestre rock. «On s’appelait The Strangers ou quelque chose comme ça, se souvient Richard Gere. On vivait dans une ferme. Mais il est encore plus difficile de s’entendre avec desmusiciens qu’avec des acteurs». La musique a été un sacré atout pour le rôle de Dixie Dwyer, le joueur de cornet à pistons irlandais, que Richard Gere vient d’interpréter dans le nouveau Coppola, «Cotton Club». Gere n’a pas été «postsynchronisé»pour ses numéros de cornet et de piano. Il s’est juste un peu entraîné avant. C’est sous l’égide de la musique que Richard Gere arrive en force dans le petit monde new-yorkais du show-business. «Mon premier spectacle, monté sur une scène off-Broadway, s’intitulait «Soon». Ce fut un four ! Après j’ai joué quelques pièces non musicales dont «Killer’shead» de Sam Shepard où j’étais seul sur scène attaché à ce qui était supposé être une chaise électrique. Et puis il y a eu «Grease» en 1973, et le personnage de Danny Zuko que j’ai joué à Broadway, en tournée et à Londres. En fait, c’est mon rôle dans «A la recherche de Mr. Goodbar» qui a tout déclenché en 1977». A propos de son plus récent film, «King David» de Bruce Beresford, qu’il vient juste d’achever de tourner, Richard Gere dit : «Je sais que jouer le rôle du roi David de 23 à 70 ans est un défi… mais chacun de mes rôles est un défi». Gere aime les paris impossibles, les rôles qui le bouffent et l’engagent jusque dans des états complexes. Sans jamais être passé par la fameuse école de l’Actor’s studio et sans revendiquer le moindre parrainage, Richard Gere a quelque chose d’un nouveau Brando. Aussi intense, aussi porté à la surenchère, aussi perfectionniste dans le détail… Quand, en 1979, il revient au théâtre pour jouer Max, homosexuel en camp de concentration, dans «Bent» de Martin Sherman, il revendique le statut d’acteur complètement engagé dans son jeu : «Oui, je suis homosexuel quand je suis sur cette scène. Si le rôle le demandait, je sucerais Horst, l’autre personnage». Le même désir de se dépasser se retrouve dans chacun de ses rôles, Depuis l’étalon survolté et assassin de «A la recherche de Mr. Goodbar» de Richard Brooks, où il éclatait littéralement aux côtés de Diane Keaton, il s’est offert de solides performances. Le taciturne métallo de Chicago devenu ouvrier agricole saisonnier dans «Les moissons du ciel» de Terrence Malick. Le jeune et sensible ouvrier italien qui déteste la violence et rêve de s’occuper d’enfants dans « Les chaînes de sang » de Robert Mulligan. Matt, le jeune cuistot américain qui tombe amoureux d’une jeune Anglaise dans « Yanks » de John Schlesinger. Zack Mayo, le gosse qui a grandi dans les rues des Philippines et a décidé de s’engager dans la Navy pour devenir pilote de jets, dans « Officier et gentleman » de Taylor Hackford. Ou encore Jesse Lucas, le mauvais garçon de «A bout de souffle, made in USA», instinctif et sensuel qui vit jusque dans la mort sa passion et sa violence. Dans chacun de ses rôles, Richard Gere s’investit complètement et est prêt à aller jusqu’au bout pour toucher à la perfection. Et, au-delà du charisme évident de l’homme, le public est sensible à cet engagement total de l’acteur. Sur ce point, le Jesse Lucas de «A bout de souffle, made in USA», Gere y croyait tellement qu’il s’est engagé à fond dans le film et a aidé à monter le film, en prenant part aux décisions de casting, d’écriture du scénario et de production. «Il n’est pas fréquent d’avoir le privilège d’incarner un personnage aussi fort, aussi déprimé, avoue-t-il. Une des raisons qui m’ont fait accepter ce rôle, c’est qu’il s’agissait de se joindre à un projet mûrement réfléchi, qui avait produit un scénario très travaillé. C’est un film où nous nous sommes tous impliqués». Ceux qui ont travaillé avec Richard Gere sont tous d’accord : il est tellement concerné par son «art» qu’il n’a d’énergie pour rien d’autre lors d’un tournage. Il peut défendre ce à quoi il croit jusqu’à l’agressivité la plus ouverte. Il est totalement professionnel, jamais en retard sur un plateau, toujours complètement prêt à tourner, sachant son texte par cœur et même cherchant à aider ses partenaires. De cette implication quasi-mystique, ses metteurs en scène témoignent. Taylor Hackford, réalisateur d’«Officier et gentleman» se souvient : «J’ai engagé Richard seulement deux semaines avant le début du tournage et il ne connaissait rien au karaté. Le combat est une des dernières scènes que j’ai tournées. Richard ne m’a pas dit : tu n’as qu’à t’arranger pour que je sois crédible. Il a travaillé tous les jours pendant deux mois, en se levant plus tôt le matin et en continuant après le tournage, quelle que soit la fatigue de la journée. Il a étudié avec un professeur de karaté et de taï kick boxing. Deux mois, c’est rien pour apprendre tout ça. Mais il a compris que le personnage de Zack, qui a appris à se défendre dans les rues des Philippines, devait être très fort dans ce domaine. Richard a fait un travail superbe. C’est quelqu’un de dévoué, qui s’engage totalement dans ce qu’il fait. Et c’est très agréable de travailler avec un acteur aussi déterminé, qui prenne autant de responsabilités personnelles pour paraître bon à l’écran ». Et Jim McBride, qui le dirigea dans «A bout de souffle, made in USA» ajoute : «Il est imaginatif. Plus qu’un acteur, c’est un collaborateur actif». Et Paul Schrader de conclure : «Le Richard que je connais est ouvert et décent. Pas du tout froid et hargneux. J’ai entendu des histoires où il maltraitait des gens et était arrogant. Elles sont peut être vraies. Mais ce n’est pas le Richard que je connais». Beaucoup plus qu’un jeune premier, Richard Gere est un acteur… «Organique», vital jusqu’à l’indécence. Aussi n’a t-il pas peur d’affirmer son immodeste enthousiasme : le rayonnement. J’ai connu des gens qui avait autant de talent que moi, mais qui n’avaient pas ce rayonnement. J’ai toujours su que c’est le rayonnement, l’engagement et la concentration qui font que les choses arrivent. Quand les choses «merdent», il faut simplement persister. La plupart des gens abandonnent en se disant qu’ils ne sont pas faits pour ça. Tu dois résister à toutes ces «merdes» et simplement foncer, foncer, toujours foncer… Pour moi, l’aboutissement n’est pas d’être une star de cinéma. Je veux explorer d’autres domaines, connaître d’autres expériences. Ce qui me satisfait, c’est de me dépasser. Or je ne peux penser que c’est moi seul qui «fais» un film… Néanmoins, j’aime le cinéma». Cette même intransigeance d’acteur et cette même intensité de jeu devraient se retrouver dans les trois films que Richard Gere a tournés en 1984 et que nous avons vus ou verrons en 1985. «Cotton Club» de Francis Coppola où Gere, musicien irlandais éprouve un amour fou pour une chanteuse, interprétée par Diane Lane, dans une Amérique des années 20 en proie au gangstérisme et à la musique de jazz. Puis «Le consul» de John Mackenzie d’après le roman de Graham Greene où il est un jeune médecin idéaliste pris en otage par des terroristes argentins avec un consul américain interprété par Michael Caine. Enfin «King David» de l’Australien Bruce Beresford, une grande saga biblique que nous ne verrons pas avant juin 85. Dans le cinéma américain d’aujourd’hui, Richard Gere est plus qu’un acteur unique… C’est une véritable bête de spectacle. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas manquer ces trois rendez-vous… quelle que soit la valeur des films !